Morat (bailliage)

Seigneurie savoyarde du XIIIe s. à 1476, puis bailliage commun de Berne et Fribourg jusqu'en 1798. M. comprenait la région délimitée par les deux rives du lac de Morat (partie inférieure), incluant au nord le Mont Vully jusqu'au cours inférieur de la Broye, courant au sud jusqu'au plateau de Salvenach et à l'est jusqu'au Grand-Marais. Son territoire constitue le noyau de l'actuel district fribourgeois du Lac.

D'après ce qui découle des sources dès le XIVe s., la seigneurie savoyarde de M. englobait au Moyen Age tout ou partie de plusieurs paroisses du diocèse de Lausanne: à savoir M. (comprenant en outre Galmiz, Altavilla, Lurtigen, Salvenach, Jeuss), Meyriez (avec Greng, Courgevaux, Courlevon), Ferenbalm (avec Ulmiz, Gempenach, Büchslen, Agriswil) et Chiètres (avec Fräschels) sur la rive sud-est du lac, et sur la rive nord, au pied du Mont Vully, Bas-Vully (soit La Rivière avec Praz, Nant, Sugiez, Chaumont). L'avoyer de Morat, fonctionnaire au service de la Savoie, exerçait la haute juridiction sur ce territoire. Il résidait dans le château fort construit entre 1255 et 1300. Il assurait aussi, comme avoué, la protection du prieuré clunisien de Villars-les-Moines avec Clavaleyres (qui faisaient partie de la paroisse de M.). En 1469, le duc Amédée IX de Savoie chargea l'avoyer d'administrer également la seigneurie de Lugnorre (Lugnorre, Môtier, Joressant, Mur).

En 1471, la seigneurie et la ville de M. passèrent aux mains de Jacques de Savoie, comte de Romont, partisan de Charles le Téméraire. De ce fait, Berne et Fribourg occupèrent la ville pendant les guerres de Bourgogne (1475), firent prêter serment à ses habitants et confirmèrent les franchises savoyardes. Après la bataille de M. (1476) et la victoire sur le Téméraire, Berne et Fribourg annexèrent M. et la seigneurie de Lugnorre, les soumettant à leur administration commune. La légitimité de cette mainmise fut contestée par les Confédérés qui exigèrent un partage équitable des nouveaux bailliages en contrepartie de leur soutien militaire. En 1484, un arbitrage attribua la souveraineté exclusive sur ces territoires à Berne et Fribourg, moyennant le dédommagement en espèces des Confédérés.

L'administration commune du bailliage était calquée sur les usages en vigueur: dès 1476, les fonctionnaires savoyards furent remplacés par des avoyers bernois et fribourgeois (l'équivalent des baillis), alternativement en charge pour cinq ans; ils résidaient dans la forteresse de M., transformée par eux en château en 1539-1541 et au milieu du XVIIIe s. L'avoyer présidait le Conseil et le tribunal de M. selon les statuts de la ville (codifiés en 1715); l'instance d'appel était représentée par le canton non gouvernant. Une particularité juridique s'appliquait au bailliage de M.: l'avoyer en charge retrouvait chaque automne à Fribourg son homologue en disponibilité pour tenir conseil et vérifier les comptes (recès de M.). La ville conserva d'abord un contingent militaire d'élite, commandé par ses propres officiers et arborant son enseigne, qui passa en 1560 sous le contrôle de Fribourg et fut incorporé en 1744 au régiment de M., commandé par des officiers fribourgeois.

L'hégémonie bernoise se manifesta dès le début: en 1484, le prieuré de Villars-les-Moines fut, avec l'approbation du pape, incorporé au chapitre de Saint-Vincent à Berne, la seigneurie homonyme soustraite au bailliage de M. et entièrement assujettie à l'administration bernoise. L'action du prédicateur Guillaume Farel et les pressions bernoises amenèrent M. à rallier la Réforme en 1530. L'église et l'école, où prédicateurs et enseignants étaient de langue allemande, dépendaient de Berne. L'allemand l'emporta progressivement sur le français, d'abord en ville, puis dans le bailliage (écoles allemandes à Salvenach en 1683, Galmiz en 1713/1725, Villars-les-Moines en 1738, Courlevon en 1797).

L'invasion française de 1798 entraîna la dissolution du bailliage commun, qui devint le district de M. au sein du canton helvétique de Sarine et Broye. En 1803, contre le gré de la ville de M. qui aurait préféré son rattachement à Berne, le territoire fut attribué au canton de Fribourg.


Sources imprimées
SDS FR, IX/1
Bibliographie
– E. Flückiger, Die Reformation in der gemeinen Herrschaft Murten und die Geschichte der reformierten Kirche im Murtenbiet und im Kanton Freiburg, 1930
MAH FR, 5, 2000, 1-11
– M.F. Rubli, Murten, 2002

Auteur(e): Anne-Marie Dubler / DVU