• <b>Schaffhouse (commune)</b><br>Gravure sur bois de la chronique de Johannes Stumpf, 1548 (Zentralbibliothek Zürich). Cette vue depuis le sud-est est la plus ancienne représentation de Schaffhouse. On y aperçoit les fortifications (Unot) qui précédèrent celles du Munot. Du côté de la ville, les berges du Rhin ne sont pas encore fortifiées. Venant de la rive gauche, on franchissait le fleuve sur un pont en bois et on accédait à la cité par la porte du Rhin (extérieure et intérieure). La Vordergasse, où l'on distingue des piétons, formait l'axe principal est-ouest de la ville et rejoignait l'Obertor. A gauche de la rue, on aperçoit le monastère d'Allerheiligen avec la tour de l'abbatiale, à droite l'église paroissiale Saint-Jean.
  • <b>Schaffhouse (commune)</b><br>Concept et cartographie: Andreas Brodbeck  © 2009 Institut de géographie de l'université de Berne et Dictionnaire historique de la Suisse.

Schaffhouse (commune)

Commune SH, district de Schaffhouse, sur le Rhin, chef-lieu du canton homonyme. La commune a incorporé Buchthalen en 1947, Herblingen en 1964 et Hemmental en 2009. 1045 Scâfhusun. All. Schaffhausen, ital. Sciaffusa, rom. Schaffusa. Le site de Schweizersbild a livré un habitat du Paléolithique supérieur et des sépultures du Néolithique. D'autres tombes ont été découvertes au Dachsenbühl (Néolithique) et au Wolfsbuck (Hallstatt). Les plus anciennes trouvailles faites dans l'enceinte de la vieille ville sont des tombes alémanes et les vestiges d'un haut fourneau du VIIe s. Comme le Rhin n'est pas navigable en aval de S., l'endroit devint une place de transbordement. Eberhard von Nellenburg reconnut l'importance commerciale de la localité, en fit une ville et y fonda en 1049 l'abbaye bénédictine d'Allerheiligen. Sortant de la cuvette qu'elle occupait au Moyen Age et à l'époque moderne, la ville s'étendit aux XIXe et XXe s. le long du Rhin et dans le Mühlental. Des quartiers résidentiels et industriels surgirent sur les hauteurs environnantes. S. devint l'un des principaux centres industriels de la Suisse.

Siège des autorités cantonales, S. a aussi un rôle de centre, au point de vue de l'économie, des services et de la culture, pour une agglomération en croissance qui comprend, outre le canton, des communes du Weinland zurichois, de la Thurgovie et de l'Allemagne voisine. Les vieux quartiers baroques bien conservés, la forteresse circulaire du Munot, emblème de la ville, et les espaces de délassement le long du Rhin font de S. un but d'excursion apprécié.

Population de Schaffhousea
AnnéeHabitants
1392env. 4 000
1520env. 3 500
1550env. 5 300
1582env. 6 350
1620env. 5 950
1640env. 3 650
1672env. 5 050
17666 969
17985 482

Année18501870b18881900191019301950197019902000
Habitants8 47711 04913 09916 32019 26723 14127 26137 03534 22533 628
En % de la population cantonale24,0%29,4%34,7%39,3%41,8%45,2%47,3%50,8%47,4%45,8%
Langue          
Allemand  12 93215 69318 00122 02925 85630 15728 65328 340
Italien  4439710127289413 9861 6831 069
Français  96179154262314312213209
Autres  27511001221502 5803 6764 010
Religion, Confession          
Protestants7 9879 37210 11412 05913 46216 65419 93522 04017 54214 502
Catholiquesc4881 6862 8684 2155 6776 0716 90813 38110 6009 267
Autres277117461284164181 6146 0839 859
dont communauté juive  2621383944161318
dont communautés islamiques       1961 1122 450
dont sans appartenanced       6613 9804 907
Nationalité          
Suisses7 6949 1749 81611 78912 89519 43025 44629 01726 81725 070
Etrangers7831 9613 2834 5316 3723 7111 8158 0187 4088 558

a Données 1850-2000: selon la configuration territoriale de 2000

b Habitants: population résidante; religion et nationalité: population "présente"

c Y compris catholiques-chrétiens de 1888 à 1930; depuis 1950 catholiques romains

d N'appartenant ni à une confession ni à un groupe religieux

Sources:Oliver Landolt; recensements fédéraux

1 - La ville et l'abbaye au Moyen Age

La première église de la ville fut bâtie vers 1000; une carrière de calcaire et des fours à chaux sont à mettre en rapport avec sa construction. L'essor de S. dépendit beaucoup des comtes de Nellenburg. Le comte Eberhard reçut de l'empereur Henri III, en 1045, le droit de battre monnaie à S. Il aménagea une place de transbordement pour les marchandises qui devaient emprunter la voie de terre afin d'éviter les chutes du Rhin; la route de contournement, d'abord pavée, puis renforcée à plusieurs reprises par des couches de gravier, traversait la ville. Celle-ci était dotée de murailles et de fossés (sur un plan ovale); une digue en terre et en pierre la protégeait des inondations du côté du Rhin. La surface intra muros était d'environ 18 ha.

Eberhard et sa femme Ita renforcèrent leur pouvoir à S. en fondant Allerheiligen, dont le pape Léon IX consacra le terrain en 1049. Le monastère privé, achevé en 1064, fut rapidement transformé en chapelle funéraire des Nellenburg: prolongée d'une cour unique en son genre dite cour de la Croix (Kreuzhof), elle figurait, avec la crypte extérieure et deux autres chapelles, les extrémités d'une croix. Cette disposition particulière est mentionnée dans les sources. Après la mort d'Eberhard, son fils le comte Burkhard renonça en 1080 à tous ses droits; il les donna à l'abbaye, dont il resta cependant l'avoué, et qu'il fit réformer par l'abbé de Hirsau Wilhelm. Vers 1090, la chapelle funéraire des Nellenburg fut démolie pour faire place à une église à cinq nefs. Mais on n'en réalisa que les fondations, sur lesquelles on éleva l'actuelle abbatiale à trois nefs, consacrée vers 1105, exemple de l'architecture liée à la réforme de Hirsau.

Ita von Nellenburg fonda vers 1080 avec son fils Burkhard et avec Siegfried, abbé d'Allerheiligen, le couvent de bénédictines de Sainte-Agnès (dont l'église se trouvait hors les murs). En raison d'anciens liens seigneuriaux, l'église de la ville (Saint-Jean) appartenait à une famille que l'on n'a pas pu identifier, mais qui en tout cas n'était pas celle des Nellenburg. Ses bâtisseurs s'inspirèrent d'Allerheiligen, en particulier pour les colonnes et pour les chapiteaux cubiques. On retrouve des chapiteaux analogues dans la tour d'habitation avec cour fermée de l'Oberhaus, près de l'Obertor, point le plus élevé de la ville au XIe s. Cette tour, mentionnée en 1098 à l'occasion de l'expropriation de biens abbatiaux, appartenait à l'avoué Adalbert von Morisberg, proche parent de Burkhard von Nellenburg.

Selon un inventaire des biens d'Allerheiligen établi vers 1120, l'abbaye percevait à S., qui était alors la principale ville entre Bâle, Zurich et Constance, outre les revenus tirés de l'atelier monétaire et les péages sur le trafic fluvial et routier, les redevances dues par neuf débits de bière, deux pintes, deux moulins, plusieurs boulangers, les étals du marché et les détenteurs de 112 chesaux. Les vestiges archéologiques sont lacunaires: les maisons en bois, analogues à celles du village déserté de Berslingen, alternaient avec les maisons en pierre. On date de 1100 environ de grandes tuiles creuses ayant servi de conduite d'eau et des tuiles plates encore en place sur le toit de l'abbatiale, de fabrication similaire, qui sont parmi les plus anciennes de Suisse.

La première branche des Nellenburg s'éteignit avec Burkhard en 1101/1102. Les monuments qui leur furent dédiés dans l'abbatiale (plaque en mémoire de la famille fondatrice, gisants d'Eberhard, Ita et Burkhard, aujourd'hui visibles sous forme de copies à leur emplacement original) attestent de la puissance et de la gloire de l'ancienne maison comtale.

Auteur(e): Kurt Bänteli / PM

2 - Histoire politique, du Moyen Age au XVIIIe siècle

En renonçant à tous ses droits sur S. et en les remettant à l'abbaye d'Allerheiligen (1080), le comte Burkhard fit de l'abbé le seigneur de la ville. Selon la coutume de Hirsau, l'abbaye ne pouvait pas exercer ses droits elle-même; elle les remit au XIIe s. à des avoués qu'elle choisissait, mais qui souvent profitaient d'elle plutôt qu'ils ne la protégeaient. A la fin du XIIe s., l'empereur Henri VI mit l'abbaye et la ville sous la protection de l'Empire. Un peu plus tard, S. tomba sous le pouvoir des Zähringen, mais devint à leur extinction (1218) ville d'Empire, comme l'atteste sa mention en 1241 dans un registre de redevances dues par les terres d'Empire. L'abbaye remit en fief héréditaire à des familles de petite noblesse certains droits souverains (péages, droit d'étape, etc.) et même la charge d'avoyer (inféodée aux Randenburg à la fin du XIIIe s.). Elle perdit ainsi peu à peu son pouvoir sur la ville que l'empereur Louis de Bavière céda en gage aux Habsbourg, en 1330, à la satisfaction de la noblesse locale qui soutenait militairement et financièrement les ducs d'Autriche. Même pendant la période habsbourgeoise, S. affirma son statut de ville d'Empire en concluant plusieurs alliances. A la fin des années 1370, les ducs d'Autriche modifièrent gravement les équilibres politiques locaux en ôtant aux Randenburg la charge d'avoyer et en instituant un bailli. A la fin du XIVe s. et au début du XVe s., ils résidèrent souvent à S. qu'ils considéraient comme l'un des centres de l'Autriche antérieure.

Dès la fin du XIIIe s., de violents conflits internes se multiplièrent entre groupes de population; dans la première moitié du XIVe s., ils déchiraient surtout la noblesse. Mais l'interdiction faite aux artisans de former des corporations (1332) prouve que d'autres couches de la société tentaient aussi d'obtenir un droit de participation. Les associations d'artisans purent se maintenir dans leur fonction religieuse. Les rivalités politiques entre la noblesse et la classe montante des marchands et des artisans de mieux en mieux organisés furent la cause des modifications de la constitution municipale en 1350, 1367, 1375 et 1405 (sans compter les projets avortés de 1388 et 1391). Des salles à boire où se réunissaient des artisans et des gens de métiers, de même que des nobles, sont attestées dès les années 1370; les associations d'artisans apparurent comme unités militaires. Le régime dit corporatif, introduit en 1411, ramena enfin le calme en donnant une représentation égale à la société des seigneurs, à celle des marchands et à chacune des dix corporations d'artisans, au sein des Grand et Petit Conseils, largement responsables des affaires intérieures et extérieures de la ville. La fierté municipale s'exprime dans l'actuel hôtel de ville, construit entre 1382 et 1412 (il eut deux prédécesseurs, à la Sporrengasse et à la Vordergasse). La plupart des membres du Petit Conseil étaient des bourgeois fortunés, ayant assez de temps pour se consacrer aux charges publiques (bourgmestre, trésorier, etc.). Les corporations et les deux sociétés fournissaient les membres du tribunal municipal (causes civiles, dettes) et du tribunal baillival (causes pénales passibles d'amendes) qui servait aussi de tribunal criminel (délits passibles de la peine de mort).

En 1415, S. recouvra son immédiateté impériale après la guerre contre le duc d'Autriche Frédéric IV de Habsbourg et tenta de la préserver en s'alliant avec des villes d'Allemagne du Sud, ce qui l'entraîna au milieu du XVe s. dans une guerre qui affecta lourdement ses finances. Au terme de la paix de 1450 entre les villes du sud et les princes, S. ne pouvait plus attendre d'aide de ses alliés, raison qui l'engagea à conclure en 1454 une alliance avec les cantons confédérés, prolongée en 1479. Après les dévastations subies sur son territoire pendant la guerre de Souabe (1499), la ville adhéra définitivement à la Confédération, dont elle devint en 1501 le douzième canton. Des troubles (tel le soulèvement des vignerons en 1525) éclatèrent à l'époque de la Réforme que les bourgeois finirent par adopter en 1529, non sans heurts.

Bien que contesté à plusieurs reprises, le Conseil à base corporative, qui monopolisa l'autorité politique à partir du XVIe s., dirigea l'Etat-cité de S. jusqu'à la chute de l'ancienne Confédération en 1798. Le territoire de l'actuel canton se forma pour l'essentiel au bas Moyen Age et à l'époque moderne. L'hôpital du Saint-Esprit et la maladrerie remontent sans doute au XIIIe s. La caisse des pauvres (pour les indigènes) et l'auberge pour les indigents étrangers sont attestées au XIVe s. Le grenier municipal mentionné en 1273, où la commune déposait ses réserves, se trouvait près du Fronwagplatz; il fut remplacé en 1678-1679 par la halle de la place Herrenacker. L'arsenal fut construit à la fin du XVe s.

<b>Schaffhouse (commune)</b><br>Gravure sur bois de la chronique de Johannes Stumpf, 1548 (Zentralbibliothek Zürich).<BR/>Cette vue depuis le sud-est est la plus ancienne représentation de Schaffhouse. On y aperçoit les fortifications (Unot) qui précédèrent celles du Munot. Du côté de la ville, les berges du Rhin ne sont pas encore fortifiées. Venant de la rive gauche, on franchissait le fleuve sur un pont en bois et on accédait à la cité par la porte du Rhin (extérieure et intérieure). La Vordergasse, où l'on distingue des piétons, formait l'axe principal est-ouest de la ville et rejoignait l'Obertor. A gauche de la rue, on aperçoit le monastère d'Allerheiligen avec la tour de l'abbatiale, à droite l'église paroissiale Saint-Jean.<BR/>
Gravure sur bois de la chronique de Johannes Stumpf, 1548 (Zentralbibliothek Zürich).
(...)

Auteur(e): Oliver Landolt / PM

3 - Economie et société, du Moyen Age au XVIIIe siècle

Au bas Moyen Age, ainsi que dans les années particulièrement bien documentées de 1519, 1611 et 1628-1629, la peste et d'autres maladies épidémiques firent des ravages, amplifiés par la densité de la population. Les fortifications médiévales furent améliorées au bas Moyen Age. Leur consolidation à l'époque moderne (bastions devant les portes), appelée par la position de ville frontière de S., se termina par la construction, entre 1564 et 1589, de la forteresse du Munot, qui reste l'emblème de la ville (mais qui était déjà dépassée techniquement au moment de son achèvement). Les sources écrites et l'archéologie permettent de suivre l'évolution de l'occupation du sol intra muros, fortement déterminée au Moyen Age par les monastères (Allerheiligen, Sainte-Agnès, franciscains mentionnés en 1253). Des nobles venus s'installer en ville, mais aussi de riches artisans élevèrent au XIIIe s. des tours d'habitation en pierre. Après l'incendie de 1372, qui détruisit une grande partie de la ville, l'usage de la pierre fut imposé par la loi. Outre un peu de substance romane (Allerheiligen) et quelques bâtiments gothiques (Saint-Jean, maison du sel, tour d'habitation des Am Ort, tour des Voleurs, tour de l'Obertor, porte de Souabe), on trouve dans la vieille ville avant tout des bâtiments Renaissance (maison Zum Ritter, arsenal, Munot, maison au Bœuf doré), rococo (Engelburg) baroques (Herrenstube, maison des Tanneurs) de même que des maisons bourgeoises ou de corporation en style néoclassique (maison des Marchands, maison Zum Rüden). A la Réforme (1529), les monastères furent transformés en vue d'autres usages: l'hôpital du Saint-Esprit (sis à l'ouest du Fronwagplatz) fut transféré en 1542 dans le couvent supprimé de Sainte-Agnès. Le couvent des franciscains fut partiellement et progressivement démoli pour faire place à de nouvelles rangées de maisons (Stadthausgasse, Krummgasse, Repfergasse). Dès le XVIe s., les riches patriciens se firent construire des résidences à la campagne (entre autres, le château de Herblingen et le domaine de Sonnenburg).

Dès le Moyen Age, le Rhin fut d'une importance vitale pour S. Il fournissait du poisson en abondance, servait de voie de communication et permettait un trafic sur lequel la ville prélevait des péages. Le commerce jouait un grand rôle dans la vie économique de la ville, en particulier celui du sel provenant de Bavière et d'Autriche, mais aussi celui des vins schaffhousois et au XIIIe s. celui des toiles: S. en produisait comme toute la région du lac de Constance. Des ventes aux foires de Champagne, en Italie du Nord et en Méditerranée sont attestées. Du XVIe au XVIIIe s., des compagnies de marchands et des maisons de commerce pratiquaient le négoce international.

Les tisserands renoncèrent à travailler pour l'exportation au XIVe s. et se contentèrent dès lors de fabriquer de la toile écrue pour le marché régional. Trois métiers acquirent une renommée suprarégionale: les fondeurs de cloche (XIVe-XIXe s.), les peintres sur verre (XVIe-XVIIe s.) et les orfèvres (XVIe-XXIe s.). Centre régional, S. put développer un artisanat très diversifié, d'autant plus que son Conseil le protégea en limitant l'émergence de concurrents à la périphérie de la ville.

S. attira d'emblée en ses murs une population socialement hétérogène, originaire des environs proches ou plus lointains. Des familles de petite noblesse vinrent s'y installer entre le XIIe et le XIVe s. et reçurent en fief des droits abbatiaux. Nombre d'entre elles s'appauvrirent ou s'éteignirent pendant les crises du bas Moyen Age. Les rôles fiscaux, tenus de 1392 à la fin du XVIIe s., renseignent sur l'état de fortune des citadins: face à une petite minorité de riches, la grande masse de la population n'avait que des ressources modestes. Les bourgeois jouissaient de droits politiques et économiques complets, tandis que les habitants (Beisassen), généralement peu fortunés, avaient des droits limités. L'acquisition de la bourgeoisie devint fort coûteuse au XVIe s. Les juifs, dont la présence est attestée depuis la seconde moitié du XIIIe s., furent victimes de pogromes en 1349 et 1401, mais à chaque fois ils revinrent après quelques années. Au XIVe s. et au début du XVe, la ville autorisa le séjour de prêteurs chrétiens (lombards ou cahorsins). En 1472, elle décida de refuser aux juifs le droit d'établissement; cette mesure resta en vigueur jusqu'en 1798, sauf durant un bref intermède au XVIe s.

Au bas Moyen Age, le Conseil accrut son influence sur les institutions ecclésiastiques locales (paroissiale Saint-Jean, chapelles), car leurs biens étaient gérés par des administrateurs pris en son sein. En outre, la mauvaise gestion financière des communautés monastiques permit à la ville de s'ingérer dans leurs affaires: elle mit Allerheiligen sous tutelle à plusieurs reprises, dès la seconde moitié du XIVe s., si bien qu'un "tribunal des Cinq" fut institué en 1377 pour régler les litiges entre la ville et l'abbaye. Ce tribunal était présidé par le bailli autrichien, puis, après avoir recouvré l'immédiateté en 1415, par le bourgmestre. L'abbé et le Conseil désignaient chacun deux assesseurs. Au XVe s. sont attestés des administrateurs chargés par le Conseil de s'occuper des affaires temporelles de Sainte-Agnès, du couvent des franciscains, du béguinage de la Sainte-Croix et même (au début du siècle déjà) du couvent de clarisses de Paradies, combourgeois de S. depuis 1330. A la Réforme (1529), les monastères furent sécularisés et leurs biens gérés comme des domaines, jusqu'au XIXe s., par le Conseil et les administrateurs qu'il désignait. Un certain nombre de familles, appartenant pour la plupart à l'élite, refusèrent la foi nouvelle et émigrèrent à Soleure, à Lucerne, en Autriche, en Alsace ou en Allemagne du Sud. Le Conseil institua un consistoire; il confia la direction des affaires ecclésiastiques à un "triumvirat" placé sous sa haute surveillance et formé des trois principaux pasteurs de la ville. Le synode (assemblée des pasteurs, dès 1536) détermina l'orientation de l'Eglise cantonale jusqu'au XIXe s. Il existait aussi un conseil scolastique (Scholarchenrat) en charge des églises et des écoles.

Au Moyen Age classique, une école était gérée par l'abbaye d'Allerheiligen. Le Conseil fonda une école municipale et une école latine au bas Moyen Age, puis une école de jeunes filles en 1534. Un gymnase ouvrit au XVIIe s., puis le Collegium humanitatis, dont les débuts modestes remontent aux années 1570, qui préparait à des études universitaires. On y enseignait, dans des combinaisons variables, le grec, le latin, la rhétorique, la physique, la logique, la métaphysique, l'hébreu, l'histoire, la politique, la philosophie et la théologie. Un fonds créé au XVIe s. et alimenté par une partie des biens monastiques sécularisés permettait d'offrir des bourses à des étudiants en théologie.

Des représentations théâtrales (pièces de carnaval et jeux de la Passion) sont attestées au bas Moyen Age. Après la Réforme, il y eut des spectacles scolaires sur des thèmes bibliques, mais les troupes en tournée étaient soumises à une censure stricte, dans l'esprit de l'orthodoxie protestante; jusqu'au XVIIIe s., elles furent rarement autorisées à jouer. Johann Jakob Rüeger inaugura les études historiques schaffhousoises, tandis que Jean de Müller donna à l'historiographie nationale suisse ses premiers chefs-d'œuvre littéraires.

Auteur(e): Oliver Landolt / PM

4 - Politique et administration aux XIXe et XXe siècles

Les biens de la ville furent séparés de ceux du canton en 1799, mais le Grand Conseil réunit à nouveau ville et canton sous un seul gouvernement en 1803 et 1815. La commune de S. et son administration distincte de celle du canton furent créées par la Constitution libérale de 1831. L'existence d'institutions parallèles a été parfois critiquée après 1970: elle générerait des doublons, d'autant plus évitables que la ville concentre près de la moitié de la population du canton (34 563 hab. en 2009, soit 46%).

Les douze sociétés et corporations qui dirigeaient la ville et la campagne depuis 1411 ne régentèrent plus que la ville dès 1831. Elles élisaient chacune quatre représentants au Grand Conseil de ville nouvellement créé; celui-ci désignait le Conseil de ville (exécutif, quinze membres). Johann Conrad Fischer, fondateur des aciéries connues plus tard sous le nom de Georg Fischer SA, fut le premier président de la ville (1831); parmi ses successeurs, il faut citer le radical Carl Spahn (1895-1917) et le socialiste Walther Bringolf (1933-1968). La Constitution cantonale de 1834 répartit les membres des sociétés et corporations, par tiers, entre trois sections électorales. Les corporations, ainsi disloquées, furent privées de l'essentiel de leur influence politique. Elles la perdirent complètement en 1852; elles subsistent depuis lors comme associations privées.

L'Assemblée communale, ouverte à l'ensemble des bourgeois de S., fut instituée en 1847. Ses séances avaient lieu à l'église Saint-Jean, après le culte. Elle fut abolie en 1918 par la constitution municipale; le scrutin secret fut introduit à la même date. En 1861, les Suisses originaires d'autres cantons reçurent un droit de vote partiel. La commune d'habitants fut fondée en 1875. La commune bourgeoise perdit sa raison d'être par la loi de 1935 qui transféra l'assistance publique et les biens de la bourgeoisie à la commune d'habitants.

Le Grand Conseil de ville comptait en 1831 quarante-huit membres issus des sociétés et des corporations; ce nombre passa à trente-six en 1847, à cinquante en 1918 et à trente-cinq en 2008 (par souci de rationalisation); un trente-sixième siège est réservé à Hemmental depuis 2009. La proportionnelle fut introduite en 1952. La part des femmes était de 28% en 2009. Le (petit) Conseil de ville passa de quinze membres en 1831 à douze en 1834, neuf en 1847, sept en 1861 et cinq en 1875; depuis 1981, deux d'entre eux seulement, dont le président, exercent leur charge à plein temps, les autres à mi-temps. Depuis 1847, chacun dirige un département et a une responsabilité personnelle.

Au début du XIXe s., l'administration municipale comprenait neuf branches: affaires successorales, tutelles, assistance, police, finances, mœurs, litiges fonciers, contrôle des habitants, écoles. Son personnel passa de quelques fonctionnaires, diverses commissions et trois policiers en 1831 à 1500 personnes (1050 postes à temps plein) en 2010. Des transferts de compétences entre la ville et le canton se produisirent en 1901 (l'hôpital municipal devint cantonal), 1972 (service informatique commun), 1984 (cantonalisation de l'école des arts et métiers) et 1993 (fusion des clinique dentaires scolaires); l'unification des corps de police (2000) fut précédée de celle des commandements (1989). La ville de S. tient l'état civil de toutes les communes du canton depuis 2004. Elle fournit en eau et en gaz de nombreuses communes environnantes. Dans le domaine des transports publics, elle collabore étroitement avec Neuhausen am Rheinfall et a repris après 1987 de nombreuses lignes de bus des PTT et de l'ancienne compagnie privée Rattin; à long terme, la compagnie qu'elle gère devrait réunir l'ensemble de l'offre dans la région.

Auteur(e): Eduard Joos / PM

5 - Population, urbanisme, économie, société et culture aux XIXe et XXe siècles

Après une croissance faible, l'essor démographique s'accéléra fortement depuis 1850, à cause de l'industrialisation. La population passa de 8477 personnes en 1850 à 19 267 en 1910, en raison à la fois des excédents naturels et de l'immigration. La part des étrangers augmenta de 10 à 34% (dont 75% d'Allemands, 16,5% d'Italiens et 6,5% d'Autrichiens).

La ville s'ouvrit en démolissant ses fortifications entre 1826 et 1877; seuls furent conservés le Munot, la porte de Souabe, la tour de l'Obertor et quelques pans de mur. La fièvre bâtisseuse commença dans les années 1860. Des villas bourgeoises et des immeubles pour employés et ouvriers surgirent sur les pentes autour de la vieille ville. Un quartier de grandes usines apparut le long du Rhin. L'étroit Mühlental accueillit les vastes installations des fonderies et aciéries Georg Fischer. La ville aménagea une troisième zone industrielle à l'Ebnat en 1911. Sa croissance et son rôle de chef-lieu amenèrent la construction de bâtiments publics imposants, comme l'hôpital municipal (1843-1846), l'asile cantonal d'aliénés de Breitenau (1888-1891), l'arsenal cantonal (1871-1873), le collège Bach (1867-1869), l'école cantonale (1900-1902) et la Banque cantonale (1902-1903). La Confédération éleva à la Bahnhofstrasse, dans une situation privilégiée, l'hôtel des postes et télégraphes (1899-1902) et la direction d'arrondissement des douanes (1913-1914). La gare construite en 1857 à l'ouest de la vieille ville fut remplacée en 1867-1869 par l'édifice actuel. Un réseau de trams (quatre lignes) fut aménagé entre 1901 et 1913.

<b>Schaffhouse (commune)</b><br>Concept et cartographie: Andreas Brodbeck  © 2009 Institut de géographie de l'université de Berne et Dictionnaire historique de la Suisse.<BR/>

Durant l'entre-deux-guerres, la population s'accrut modérément. La part des étrangers diminua jusqu'en 1950 (à cause du retour au pays de nombre d'entre eux et d'une politique d'immigration restrictive), pour atteindre 6,7%. La cité-jardin de Niklausen, sur un plan en éventail, fut réalisée en deux étapes (1927-1928 et 1943). Entre 1928 et 1938, de nombreux immeubles en style moderniste (Neues Bauen) furent édifiés par des architectes locaux (collège de Gelbhausgarten par Eduard Lenhard; salles de gymnastique d'Emmersberg par Karl Scherrer et Paul Meyer).

S. subit par erreur une attaque de l'aviation américaine le 1er avril 1944. Près de 400 bombes explosives et incendiaires tombèrent sur le territoire de la ville et déclenchèrent presque cinquante incendies. Il y eut quarante morts, 270 blessés, 450 sans-abri. Soixante-six maisons furent totalement détruites ou gravement endommagées. Des biens culturels inestimables furent réduits en cendre au Musée d'Allerheiligen et au Musée d'histoire naturelle. La reconstruction dura plusieurs années et modifia profondément l'aspect de certains quartiers.

La haute conjoncture des années 1950 déclencha une forte augmentation de la population, fondée sur la natalité (baby-boom) et renforcée par l'immigration de travailleurs étrangers (27 261 hab. en 1950, 37 035 en 1970, dont 22% d'étrangers). Parallèlement, on multiplia les immeubles locatifs dans les quartiers extérieurs et l'on aménagea d'importantes infrastructures, comme le nouvel hôpital cantonal (1949-1954), la nouvelle centrale électrique (1960-1967), la chaussée sur la rive du Rhin (1962-1969); la zone industrielle prévue dans le Herblingertal fut équipée dès 1965 pour l'artisanat et le commerce. Entre 1970 et 1985, la population diminua nettement, à cause de la récession, qui chassa une partie des travailleurs étrangers, et de l'exode des citadins vers la campagne. Au début du XXIe s., S. est le centre d'une agglomération de plus de 60 000 habitants, qui comprend aussi les quatre communes zurichoises de Feuerthalen, Flurlingen, Laufen-Uhwiesen et Dachsen.

Dans la première moitié du XIXe s., l'artisanat était encore prédominant. Les métiers se défendaient contre l'immigration et contre les nouveaux procédés de production; il existait néanmoins deux usines textiles de plus de 100 ouvriers. Mais entre 1860 et la Première Guerre mondiale, S. devint l'une des villes les plus industrialisées de Suisse alémanique. Les principales impulsions vinrent du raccordement au réseau ferroviaire en 1857 et de l'aménagement d'une installation exploitant la force motrice du Rhin. Cette centrale, construite par Heinrich Moser et inaugurée en 1866, était à l'époque la plus grande de Suisse. Elle attira à S. des entreprises comme International Watch Co. (IWC) ou la fabrique de laine peignée Schöller et permit à de petits ateliers de se transformer en usines (instruments de précision et machines de contrôle Amsler). Dès 1890, elle produisit du courant électrique, qu'un réseau achevé vers 1910 distribua dans toute la commune.

La branche industrielle principale fut le textile jusque vers 1890, puis la métallurgie et les machines, secteur dominé par la fonderie Georg Fischer. Créée en 1802, elle se développa en grande industrie vers la fin du siècle et s'étendit à l'étranger: employant environ 2000 personnes en 1910 et environ 4000 en 1950, celle-ci était de loin l'entreprise la plus influente de la ville. Après la Deuxième Guerre mondiale, elle transféra de plus en plus ses activités à l'étranger.

Les crises économiques et la mondialisation entraînèrent dès le début des années 1970 de profondes et douloureuses mutations structurelles; beaucoup d'entreprises industrielles fermèrent. Le nombre des personnes employées à plein temps tomba de 21 000 en 1965 à 14 000 en 1998 (taux de perte supérieur à la moyenne enregistrée dans les villes suisses). Le déclin économique fut stoppé en 2000. L'évolution modifia le rapport entre les secteurs secondaire et tertiaire. Si le tertiaire est passé, entre 1985 et 2008, de 56 à 70%, le secondaire est tombé à 30%. S. est devenue une ville de services, même si l'industrie et l'artisanat y sont restés relativement solides. Le service cantonal de promotion économique s'active avec succès en faveur de la ville, où près d'une centaine d'entreprises se sont installées entre 1997 et 2009.

La société évolua sous l'effet des droits civils d'inspiration libérale introduits au XIXe s. L'immigration fit augmenter l'effectif des habitants non bourgeois de S.; bientôt majoritaires (61% en 1860), ils ne disposaient d'aucun droit politique et étaient socialement désavantagés. La création de la commune d'habitants en 1875 leur donna enfin un statut presque égal à celui des bourgeois. Les catholiques, de plus en plus nombreux, réussirent à fonder une paroisse en 1841, malgré une forte opposition. La chapelle Sainte-Anne, à côté de l'abbatiale, leur fut attribuée jusqu'à la construction de l'église Notre-Dame près du parc Fäsenstaub en 1883-1885.

Les ouvriers commencèrent à s'organiser vers la fin du XIXe s. au sein de syndicats, d'associations et de partis. Leur influence grandit, ce qui conduisit à de graves conflits et à une forte polarisation entre eux et le patronat. La menace extérieure à l'époque de la Deuxième Guerre mondiale, puis la prospérité croissante des années 1950 détendirent la situation. Dans les années 1930, les frontistes remportèrent à S. d'assez grands succès, en comparaison suisse.

Le besoin de main-d'œuvre pendant la haute conjoncture favorisa une forte immigration, où les Italiens étaient majoritaires. Ces derniers, qui se dotèrent d'organisations comme la Colonie libre italienne de S. ou la Mission catholique italienne, subirent souvent l'animosité de la population indigène. Des efforts d'intégration permirent à la deuxième génération de mieux s'assimiler. Depuis les années 1980, les immigrés proviennent de plus en plus d'Europe de l'Est et de milieux culturels plus éloignés, ce qui se reflète dans le nombre croissant des habitants musulmans.

L'introduction du droit d'association dans la Constitution de 1831 permit la fondation de sociétés nombreuses et diverses (on en recensait déjà trente-neuf en 1859). Touchant toutes les couches sociales, elles devinrent un facteur important de la vie culturelle qu'elles n'ont cessé de stimuler.

La ville dispose de plusieurs institutions culturelles publiques et privées. La bibliothèque des bourgeois fondée en 1636 donna naissance au XIXe s. à la bibliothèque municipale publique qui joue aussi le rôle de bibliothèque cantonale. L'Imthurneum, inauguré en 1867 (place du Herrenacker), servit de salle de théâtre, de concerts et d'expositions; il fut remplacé en 1954-1956 par le théâtre municipal. Le Musée municipal d'Allerheiligen, ouvert en 1928, fut agrandi en 1935-1938. Il est l'un des plus vastes de Suisse (6000 m² de surfaces d'exposition) et comprend quatre départements: archéologie, histoire culturelle, histoire naturelle, beaux-arts. Les Hallen für Neue Kunst, en mains privées, exposent depuis 1984 des œuvres d'artistes internationaux, postérieures à 1965. Le festival Bach (dès 1946) et le festival de jazz (dès 1990) sont réputés bien au-delà de la région. La coopérative Zum Eichenen Fass (théâtre, restaurant et boutiques, 1978) et le centre Kammgarn (salles de concert et d'exposition, restaurant, 1997) sont des lieux de la culture alternative.

Auteur(e): Mark Wüst / PM

Références bibliographiques

Bibliographie
  • Généralités

    MAH SH, 1, 1951
    – Schib, Schaffhausen
  • Préhistoire, Antiquité, haut Moyen Age

    – K. Bänteli et al., «Die Stadtkirche St. Johann in Schaffhausen: Ergebnisse der Ausgrabungen und Bauuntersuchungen 1983-1989», in SchBeitr., 67, 1990, 21-90
    – K. Bänteli, «Kanton Schaffhausen», in Stadt- und Landmauern, 2, 1996, 229-242
    – K. Bänteli, «Schaffhausen "Boomtown" der Nellenburger im 11. und 12. Jahrhundert"», in Centre, Region, Periphery, éd. G. Helmig et al., 2, 2002, 39-47
    – K. Bänteli, H.P. Mathis, Das ehemalige Kloster zu Allerheiligen in Schaffhausen, 2004
  • Bas Moyen Age et époque moderne

    – H. Ammann, Schaffhauser Wirtschaft im Mittelalter, [1949]
    – K. Schmuki, Steuern und Staatsfinanzen, 1988
    – P. Scheck, Die politischen Bündnisse der Stadt Schaffhausen von 1312 bis 1454, 1994
    – O. Landolt, Der Finanzhaushalt der Stadt Schaffhausen im Spätmittelalter, 2004
    – M. Schultheiss, Institutionen und Ämterorganisation der Stadt Schaffhausen 1400-1550, 2006
  • XIXe et XXe siècles

    INSA, 8
    Caroline Mezger: 1787-1843, cat. expo. Schaffhouse, 2000, 9-29
    SchaffGesch.
    – S. Stoll et al., Fortschritt im Alltag, 2010