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No 1

Tschudi, Aegidius

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naissance 5.2.1505 à Glaris, décès 28.2.1572 sans doute à Glaris, cath., de Glaris, d'Uri (1558) et de Schwytz (1566). Fils de Ludwig le Vieux ( -> 45) et de Margaretha Kilchmatter (soit Aebli). Frère de Ludwig le Jeune ( -> 46), demi-frère de Jost ( -> 41), cousin de Valentin ( -> 56). ∞ 1) 1524 Anna Stucki, fille de Hans Stucki, 2) 1550 Barbara Schorno, fille de Hieronymus Schorno, 3) 1568 Maria Wichser, veuve de Heinrich Püntener. Beau-frère de Rudolf Stucki et de Christoph Schorno. Elève d'Ulrich Zwingli, alors curé de Glaris, à l'école latine du lieu, T. fréquenta en 1516-1517 l'internat bâlois de Glaréan, avec qui il correspondra toute sa vie. Ses campagnes en Italie du Nord (1523) et comme capitaine dans le sud de la France (1536) n'eurent qu'une importance secondaire.

Débutant dans la carrière politique, T. fut bailli de Sargans (1530-1532), puis de Rorschach (pour le compte du prince-abbé de Saint-Gall, 1532-1533) et du comté de Baden (1533-1535 et 1549-1551), où il eut un premier contact avec des antiquités romaines, sur le site de Vindonissa (Windisch). Il joua un rôle croissant à Glaris, comme conseiller (dès 1533), maisonneur (chantiers de l'hôtel de ville et de l'hôpital), vice-landamman (1554-1558) et landamman (1558-1560). Régulièrement délégué à la Diète, il fut aussi fréquemment désigné comme arbitre, conseiller juridique et médiateur. Il représenta Glaris au serment d'alliance avec le roi de France Henri II (1549) et la Confédération auprès de l'empereur Ferdinand Ier à la Diète d'Augsbourg (1559). Dans l'affaire de Glaris (dite aussi guerre de Tschudi, 1559-1560), il apparut comme le dirigeant des partisans de l'ancienne foi, qui demandaient une intervention militaire des cantons de Suisse centrale, afin de restaurer le catholicisme. Après l'échec de ce plan, il se tint à l'écart des affaires courantes et s'exila à Rapperswil (SG), de 1562 à 1565. Il devint alors conseiller de l'abbé d'Einsiedeln Joachim Eichhorn pour les ultimes sessions du concile de Trente et rédigea, comme théologien laïque, des traités sur le culte des saints et le purgatoire.

Dépourvu de grade universitaire, T. était un lettré autodidacte. Pour se documenter, il entreprit en 1524 un grand voyage à travers les Alpes, se rendit en 1538 à Rome, se constitua dès 1527 une bibliothèque privée et visita à maintes reprises, accompagné de son collaborateur Franciscus Cervinus, les archives et bibliothèques de la Confédération (sa dernière expédition de ce genre, en 1569, le conduisit une nouvelle fois en Suisse centrale). Il profita aussi de ses charges officielles pour une recherche systématique de sources historiques (chartes, chroniques, obituaires, rentiers, inscriptions, monnaies). Il entretint, par intermittence, une correspondance scientifique avec Niklaus Briefer et Beatus Rhenanus à Bâle et Sélestat, plus tard avec Zacharias Bletz à Lucerne, Johannes Stumpf, Heinrich Bullinger et Josias Simler à Zurich, en mettant expressément de côté les oppositions confessionnelles.

Seul parut de son vivant son Alpisch Rhetia, ouvrage historique et géographique où figurait une carte de la Suisse dont il était l'auteur, connue loin à la ronde, la première à montrer en détail le pays tout entier, avec une grande richesse de toponymes. En outre, T. fut le principal contributeur de la chronique suisse de Johannes Stumpf, publiée en 1547-1548. Sa propre chronique suisse resta inachevée; on en connaît trois versions (esquisse de 1532-1533; Urschrift des années 1550, couvrant la période de 1200 à 1470; Reinschrift de 1569-1572, couvrant celle de 1000 à 1370). Elle fut imprimée en 1734-1736 par Johann Rudolf Iselin, sous le titre Chronicon helveticum. La partie consacrée à la période antérieure à l'an 1000, ordonnée topographiquement, ne parut qu'en 1758, sous le titre Gallia comata. Ces publications valurent à T. le surnom de "père de l'histoire helvétique", que Beat Fidel Zurlauben lui donna en 1760. Son récit des mythes fondateurs (événements qu'il situe en 1307-1308) inspira le Guillaume Tell de Friedrich Schiller (1804) et parvint ainsi à l'immortalité littéraire, mais on n'eut longtemps qu'une vision très étroite de son œuvre. La nouvelle édition (dernier tiers du XXe s.) a enfin permis de montrer que l'on trouve dans sa chronique, à côté des mythes fondateurs (passage tardivement écrit, fruit d'une obligation patriotique envers les élites confédérées), des chapitres de rédaction plus ancienne, comme celui consacré à l'histoire de la guerre de Zurich, dans lequel, avec réalisme, il situe la naissance de la Confédération, en tant qu'organisme politique durable, au XVe s. Après la mort de T., ses papiers (manuscrits de ses œuvres et documents rassemblés par lui) furent d'abord conservés par ses descendants au château de Gräpplang; en 1767-1768, ils furent vendus à la ville de Zurich et à l'abbaye de Saint-Gall.


Oeuvres
Die uralt warhafftig Alpisch Rhetia [...], 1538 (21560, lat. 1538, 21560)
– J.J. Gallati, éd., Gallia Comata, 1758 (réimpr. 1977)
– B. Stettler, éd., Chronicon Helveticum, 22 vol., 1968-2001
Fonds d'archives
– Bibl. privée, KBAG
– Fonds, LAG, StAZH, Stiftsbibliothek Saint-Gall, ZBZ
Sources imprimées
– J.J. Vogel, Egidius Tschudi als Staatsmann und Geschichtschreiber, 1856 (correspondance)
Bibliographie
– L. Neuhaus, Tschudi-Inventar, 1965-1970 (StAZH, Stiftsbibliothek Saint-Gall)
– B. Stettler, Tschudi-Vademecum, 2001 (avec bibliogr.)
– K. Koller-Weiss, Ch. Sieber, éd., Aegidius Tschudi und seine Zeit, 2002
– B. Stettler, «Tschudis Arbeiten zur Schweizergeschichte bis zum Anfang des 16. Jahrhunderts», in Mit der Geschichte leben, éd. O. Sigg, 2003, 327-355
– K. Koller-Weiss, «Aegidius Tschudis grosse Manuskriptkarte des schweizerischen Raums und der angrenzenden Gebiete, um 1565», in Cartographica Helvetica, 2005, cah. 32, 3-16
– C.H. Brunner, «Gilg Tschudi von Glarus (1505-1572) in Glarus», in Grenzüberschreitungen und neue Horizonte, éd. L. Gschwend, 2007, 213-236
– Ch. Sieber, «Aegidius Tschudi und die Erforschung der Alpen im 16. Jahrhundert», in Wissenschaft, Berge, Ideologien, éd. S. Boscani Leoni, 2010, 215-233

Auteur(e): Christian Sieber / PM