19/02/2009 | communication | PDF | imprimer

Kappel (couvent)

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Ancienne abbaye cistercienne, comm. de K. am Albis ZH. Diocèse de Constance. Abbaye-mère: Hauterive, filiation de Clairvaux. 1185 in loco Capelle. Dédiée à Notre-Dame. Supprimée en 1527. L'évêque de Constance Hermann von Friedingen approuva en 1185 sa fondation par les barons d'Eschenbach. Selon la légende, son nom dérive de celui d'une chapelle bâtie par des ermites. En 1211, le pape Innocent III lui octroya le Privilegium commune Cisterciense. Du XIIIe au XVe s., plusieurs empereurs lui accordèrent des privilèges.

Quelques vestiges de la première église subsistent dans l'édifice actuel, commencé vers 1255 et achevé au début du XIVe s. (de style gothique primitif; vitraux gothiques). Pour le reste de l'abbaye, la partie la plus ancienne date de 1209-1210 (bâtiment qui, après avoir servi sans doute d'infirmerie, devint la résidence de l'abbé et du prieur, puis fut intégré à l'Amtshaus, maison de l'administrateur zurichois du domaine sécularisé).

La période la plus brillante, tant au point de vue du rayonnement spirituel que de la prospérité matérielle, dura jusqu'au milieu du XIVe s. Au fil de donations provenant surtout de la noblesse locale (Hallwyl, Hünenberg, Bonstetten, Hinwil, Baldegg, Uerzlikon, Gessler, Habsbourg-Laufenburg), d'échanges et d'acquisitions, l'abbaye devint propriétaire de nombreuses terres, assez dispersées. Au début, elle exploita directement, avec l'aide de frères convers, un domaine étendu et favorisa l'essor du vignoble dans la campagne zougoise et au bord du lac de Zurich (Wollishofen). Mais au XVe s., elle renonça à engager des frères convers et seules la ferme et la fruitière du couvent restèrent en exploitation directe.

Walter IV d'Eschenbach ayant participé au régicide de 1308, ses biens (dont l'avouerie sur K.) furent confisqués par les Habsbourg en 1309 et engagés aux seigneurs de Hallwyl. L'abbaye signa des traités de combourgeoisie avec Zoug en 1344 et en 1403 avec Zurich. Cette ville s'affirma de plus en plus comme autorité souveraine (son Conseil supervisa directement l'économie du couvent dès 1473); elle donna refuge aux moines pendant la guerre de Zurich, tandis que les Confédérés pillaient l'abbaye. Un incendie endommagea les bâtiments conventuels en 1493. Zurich acheta formellement l'avouerie sur K. aux seigneurs de Hallwyl en 1495. Le dernier abbé, Wolfgang Joner (Rüpplin), fit venir Heinrich Bullinger à K. comme précepteur en 1523. La Réforme fut introduite progressivement durant les années suivantes. Le couvent fut supprimé en 1527 et ses biens passèrent à la ville de Zurich.

Les moines, issus principalement de milieux bourgeois et paysans, se partageaient les fonctions usuelles (abbé, prieur, sous-prieur, grand cellérier, cellérier, maisonneur, sacristain, chantre, portier, responsable des messes anniversaires, chapelain). Le couvent comptait dix-huit moines (dont douze prêtres) en 1247, vingt-quatre en 1406 (tous prêtres), quinze en 1482 et douze en 1523. Il assumait la direction spirituelle des couvents de cisterciennes de Frauenthal et Tänikon. Il possédait le patronage de plusieurs églises: Beinwil (1239), Baar avec ses filiales de Menzingen, Hausen et Rossau (1243), Rifferswil (1321), Neuheim (1363), Wiprechtswil (auj. Niederwil, comm. Cham, 1368) et Merenschwand (1389). En 1400, le pape Boniface IX permit aux moines, à leur gré, soit de desservir eux-mêmes ces paroisses, soit d'y nommer un prêtre séculier. K. acheta en outre le patronage de Kilchberg et de ses filiales Rüschlikon et Wollishofen en 1407, puis celui d'Oberrüti en 1483 (jusqu'en 1498). L'abbaye détenait en divers lieux des droits de basse justice, liés à ses propriétés foncières: ainsi à K., à Scheuren et au domaine de Leematt, plus loin à Uerzlikon, Beinwil, Blickensdorf, Rifferswil, Notikon (domaines de Deinikon, comm. Baar), Wiprechtswil, Ebertswil et de 1483 à 1498 à Oberrüti. Mais elle ne réussit jamais à bâtir une seigneurie cohérente. De la Réforme au début du XIXe s., K. fut un domaine géré par l'Etat zurichois. Les bâtiment conventuels abritèrent des institutions sociales dès 1834. Ils furent transformés en 1983 en un centre de rencontre de l'Eglise protestante du canton de Zurich.


Bibliographie
– O.P. Clavadetscher, Beiträge zur Geschichte der Zisterzienserabtei Kappel am Albis, 1946
HS, III/3, 246-289
– H.R. Sennhauser, «Das Kloster Kappel im Mittelalter», in Zisterzienserbauten in der Schweiz, 2, 1990, 85-126

Auteur(e): Magdalen Bless-Grabher / PL