07/06/2013 | communication | PDF | imprimer

Soleure (commune)

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Comm. SO, chef-lieu de distr. et de canton. 219 vico salod[uro], 1251 saluerre, 1275 Solotren, all. Solothurn, ital. Soletta, rom. Soloturn. La vieille ville (au nord de l'Aar) et le faubourg (au sud) se développèrent au Moyen Age sur des noyaux remontant à l'époque romaine et au haut Moyen Age. Aux XIXe et XXe s., les zones bâties s'étendirent à l'est et surtout à l'ouest dans la plaine de l'Aar, ainsi qu'au nord, en direction du Jura. Ayant acquis peu à peu le statut de ville libre d'Empire après l'extinction des Zähringen (1218), S. adhéra à la Confédération en 1481. Au XVIIIe s., l'étendue du ressort municipal fut réduite. Des tentatives d'incorporation de communes voisines échouèrent au XXe s. S. est le siège du nouveau diocèse de Bâle (1828).

Population de Soleure
AnnéeHabitants
vers 1400env. 2 000
vers 1500env. 2 500-3 000
vers 1692env. 3 900
1798/99env. 3 600
18294 254
18374 647

Année18501870a18881900191019301950197019902000
Habitants5 3707 0088 31710 02511 68813 73416 74317 70815 74815 489
En % de la population cantonale7,7%9,4%9,7%9,9%10,0%9,5%9,8%7,9%6,8%6,3%
Langue          
Allemand  7 9809 28610 82012 84015 59514 97713 45313 270
Français  260509646521604441293193
Italien  491901722884431 604739469
Autres  284050851016861 2631 557
Religion, Confession          
Catholiquesb4 8515 6985 6126 0986 5347 0387 8199 5977 0835 463
Protestants5181 2912 5833 8144 9476 4157 8007 2215 6574 581
Catholiques-chrétiens      825525269182
Autres1651221132072812993652 7395 263
dont communauté juive  8881756452312527
dont communautés islamiques       32405915
dont sans appartenancec       1821 8563 139
Nationalité          
Suisses5 1026 4927 6959 09010 56612 73315 84915 03113 24212 336
Etrangers2685626229351 1221 0018942 6772 5063 153

a Habitants: population résidante; religion et nationalité: population "présente"

b Y compris catholiques-chrétiens de 1888 à 1930; depuis 1950 catholiques romains

c N'appartenant ni à une confession ni à un groupe religieux

Sources:Auteur; recensements fédéraux

1 - Préhistoire, Antiquité, haut Moyen Age

1.1 - Préhistoire

Les plus anciens vestiges découverts sur le territoire communal datent probablement du Paléolithique. Une station de plein air mésolithique fut mise au jour en 1986 lors de travaux dans l'ancien cinéma Elite. Les témoins du Néolithique, du Bronze et du Fer sont peu nombreux et isolés.

Auteur(e): Pierre Harb / PM

1.2 - Epoque romaine

Un relais sur la route d'Aventicum à Augusta Raurica et Vindonissa, lié à un pont sur l'Aar, apparut sans doute vers 15-25 apr. J.-C. et se développa rapidement en un petit centre urbain ayant le statut de vicus et appelé Salodurum. Ce nom, connu par l'inscription dite d'Epona (219 apr. J.-C.), ne renvoie pas à une origine celte de la localité, mais reflète la culture mixte gallo-romaine des provinces du nord-ouest de l'Empire. Dans sa plus grande extension (IIe-IIIe s.), le vicus occupait à peu près le territoire de la vieille ville actuelle et une partie du faubourg au sud de l'Aar. Le pont romain se trouvait sans doute un peu en amont de la Wengibrücke. La rive de l'Aar se situait à 40-80 m au nord de son cours actuel, la rue principale passait probablement sous la Hauptgasse. Deux magistri étaient à la tête du vicus, où un collège de six seviri augustales s'occupait du culte de l'empereur. On y trouvait un poste de la XXIIe légion (qui dépendait du légat impérial de Mayence) et des sanctuaires attestés par les inscriptions, mais non localisables: temples de Jupiter, d'Apollon-Auguste, autel d'Epona (déesse des chevaux et des cavaliers, d'origine celte, très honorée par les militaires romains). On a mis au jour des thermes à la Hauptgasse et un atelier de potier au nord-ouest de la vieille ville. Des observations faites en 1762-1763 lors de la démolition de l'ancienne église Saint-Ours indiquent la présence d'une nécropole à l'extrémité orientale du vicus (urnes, tombes à incinération); deux tombes à inhumation d'époque romaine sont attestées au même endroit.

Auteur(e): Pierre Harb / PM

1.3 - Bas-Empire et haut Moyen Age

Vers 325-330/350, la localité ouverte fit place à un site fortifié (castrum) de moitié plus petit. De la muraille (large de 2-3 m et haute de 9 m), dont le tracé en forme de cloche est encore bien lisible dans le plan de la ville, subsistent en plusieurs endroits des vestiges plus ou moins importants; intégrés aux maisons de la vieille ville, ils sont parfois accessibles au public. On connaît l'emplacement d'une porte au nord et d'une tour dans l'angle sud-est; on suppose qu'il y en avait d'autres. Il reste peu de traces des constructions intra muros.

Au haut Moyen Age, la localité avait un centre civil dans l'ancien castrum et un centre sacré dans la zone des nécropoles du Bas-Empire, hors les murs. La tradition ecclésiastique et hagiographique, aussi bien que les inhumations à l'intérieur ou autour des églises Saint-Etienne, Saint-Ours et Saint-Pierre, attestent la continuité de l'occupation. Les origines de l'ancienne chapelle Saint-Etienne dans le castrum remontent au Bas-Empire. On date de la même époque un premier état, interprété comme monument funéraire, de la chapelle Saint-Pierre dans la zone des nécropoles. Vers le milieu du Ve s., Eucher, évêque de Lyon, signale le martyre d'Ours et Victor et le culte dont ils sont l'objet à S. Vers 500, la princesse burgonde Sédeleube fit transférer les reliques de saint Victor à Genève, tandis que celles de saint Ours restaient à S., où leur vénération donna naissance au chapitre de Saint-Ours, mentionné pour la première fois en 870.

Auteur(e): Pierre Harb / PM

2 - Histoire politique du Moyen Age à la fin du XVIIIe siècle

2.1 - La ville devient autonome

Au haut Moyen Age, le territoire de l'ancien castrum devint un domaine royal. Après la dissolution de la Lotharingie, S. appartint au second royaume de Bourgogne, qui fut rattaché à l'Empire en 1032. En 1038, l'empereur Conrad II tint à S. une audience au cours de laquelle son fils Henri III fut couronné roi de Bourgogne. Ce dernier séjourna plusieurs fois à S. jusqu'en 1052, mais on ignore s'il y fit aménager un palais. Un atelier monétaire soleurois est cité en 1146, sous le rectorat des ducs de Zähringen. En 1182 apparaît le causidicus, juge institué par le duc, et en 1252, pendant le Grand Interrègne, une commune (avoyer, conseils et bourgeois) dotée d'autonomie et disposant d'un sceau. A l'extinction des Zähringen en 1218, leur rectorat, avec S., était passé sous la domination directe de l'empereur. Au cours des deux siècles suivants, les bourgeois s'émancipèrent de leur seigneur en acquérant un nombre croissant de droits régaliens. De ville sujette de l'empereur, S. devint ainsi une ville libre d'Empire. En 1276 et 1280, Rodolphe Ier confirma les anciens droits de la ville (sans les décrire précisément) et lui conféra le privilegium de non evocando, c'est-à-dire le droit, pour elle-même et ses bourgeois, de ne pas être traduits devant un tribunal étranger. En 1344, S. hérita des comtes de Buchegg, qui la tenaient en gage, la charge d'avoyer; l'empereur Charles IV confirma ce legs en 1360. En 1409, Robert de Bavière, roi des Romains, étendit le privilegium de non evocando en exemptant S. de la juridiction du tribunal impérial. Parallèlement, la ville réussit à renforcer son pouvoir sur le chapitre de Saint-Ours, qui se réclamait également d'origine impériale, en l'empêchant (1251) de s'attribuer la nomination de l'avoyer. Peu de temps après avoir hérité cette charge (1344), la ville acquit l'avouerie du chapitre en conférant le droit de bourgeoisie à celui qui la détenait, Burkhard Senn l'Ancien. Enfin, S. obtint du pape le privilège de nommer les chanoines (1512) et le prévôt (1520).

Auteur(e): Hans Braun / PM

2.2 - Société urbaine et institutions

Dès 1200 environ se multiplient les chartes avec listes de témoins reflétant l'existence d'un Conseil formé surtout de nobles. En 1252, ces témoins sont appelés pour la première fois consules et cives Solodorenses. Le mouvement corporatif du XIVe s. n'eut que des effets limités sur le régime politique à S.; aucune charte ne nous est parvenue qui en rende compte. Vers 1350, un Jungrat ("jeune Conseil") de vingt-deux membres vint s'ajouter à l'Altrat ("ancien Conseil") de onze membres. Chacune des onze corporations avait un représentant à l'Altrat et deux au Jungrat. Ces trente-trois personnes formaient le Petit Conseil et constituaient avec l'avoyer le gouvernement de la ville (qui avait aussi des fonctions législatives et judiciaires). Lors d'une assemblée qui se tenait chaque année le 24 juin au Rosengarten, les bourgeois élisaient l'Altrat, sur proposition du Jungrat, ainsi que le procureur général (Gemeinmann, homme de confiance des corporations au sein du Conseil). Puis ils nommaient l'avoyer parmi les membres de l'Altrat, et, sur proposition de l'avoyer, le banneret et le grand sautier. Le 25 juin, les membres de l'Altrat désignaient dans chaque corporation deux représentants au Jungrat. Enfin, le 26, l'avoyer et le Petit Conseil nommaient les soixante-six membres du Grand Conseil (six par corporation). Finalement, le Petit Conseil - parfois avec le Grand Conseil - désignait les fonctionnaires, à commencer par le trésorier, et les baillis.

Ce système basé sur la cooptation renforça la position du Petit Conseil face au Grand Conseil et aux bourgeois. Il conduisit, en dépit de l'échec du projet de régime oligarchique de Hans vom Stall à la fin du XVe s., à une limitation des droits politiques des bourgeois dès la seconde moitié du XVIe s. et à la formation d'un patriciat dans la seconde moitié du XVIIe s. L'oligarchisation reçut un coup de frein au XVIIIe s. lorsque le Grand Conseil réussit à récupérer certaines compétences entre 1718 et 1721, l'ordonnance de 1682 sur le droit de bourgeoisie avait aussi empêché l'accès de nouvelles familles riches aux Conseils. Cette disposition réduisit certes le cercle des familles admises au gouvernement, mais, combinée à l'introduction du scrutin secret en 1764 et de mesures contre la corruption électorale en 1774, elle permit à un nombre croissant de membres de vieilles familles bourgeoises non patriciennes d'entrer dans les Conseils.

Auteur(e): Hans Braun / PM

2.3 - Topographie, bâtiments publics et privés

Une tour fortifiée des Zähringen s'élevait vers 1200 déjà, sans doute au nord de Saint-Ours. L'enceinte de la première moitié du XIIIe s. incluait l'ancien castrum, le quartier des artisans qui le jouxtait à l'est et les églises Saint-Ours et Saint-Pierre. Un secteur ecclésiastique et aristocratique se développa dans la moitié orientale de la ville, avec les bâtiments du chapitre Saint-Ours, le couvent des franciscains (1280) adossé à la muraille nord et l'hôtel des ambassadeurs de France (1532), tandis que la moitié occidentale restait bourgeoise et artisanale, avec l'hôtel de ville de la Hauptgasse (transféré en 1476 au sud du couvent des franciscains), la halle (transférée dans la première moitié du XVIIe s. de la Hauptgasse sur la rive nord de l'Aar) et la tour de l'Horloge. L'âge d'or du patriciat (XVIIe-XVIIIe s.) se reflète dans la maison Reinert (1692-1693) ou le palais Besenval (1702-1703), dans des résidences d'été hors les murs, comme la maison Vigier (1648-1650) ou les châteaux de Waldegg (1682-1686), Steinbrugg (1665-1668) et Blumenstein (1725-1728), mais aussi dans l'arsenal (1610-1619), l'hôtel de ville avec sa tour d'escalier nord (1632-1634) et sa façade est (tour des Archives de 1624, achevée en 1703-1714), l'église des jésuites (1680-1689), le nouvel hôtel des ambassadeurs (1717-1724), le nouvel hôpital du Saint-Esprit dans le faubourg (1735-1800) et la nouvelle église Saint-Ours néoclassique (1763-1790). Au XVIe s., l'enceinte de la ville fut renforcée par la porte de Bâle et trois tours rondes. Entre 1667 et 1727, S. fit construire, sur des plans de Francesco Polatta, Jacques Tarade et Vauban, un système fortifié qui comprenait onze bastions et demi-bastions et qui agrandissait la zone protégée en y incluant le Kreuzacker à l'est du faubourg. Les cachots aménagés dans les tours des murailles médiévales et modernes servirent jusqu'au XVIIIe s.; ils furent remplacés par une prison construite en 1753-1761 dans le faubourg, qui sera encore utilisée au XXe s. pour la détention préventive. Un gibet, mentionné en 1460, se trouvait au nord-est de la ville, près de Feldbrunnen; il y en avait un autre au sud-ouest du faubourg.

Auteur(e): Hans Braun / PM

3 - Economie, société et vie culturelle du Moyen Age à la fin du XVIIIe siècle

3.1 - Economie

Des artisans sont mentionnés dès le XIVe s., ainsi que trois moulins municipaux. L'essor de l'artisanat au XVe s. se reflète dans l'existence de trois douzaines de métiers, organisés en onze corporations, dans une ville qui ne comptait qu'environ 2000 habitants. Comme les artisans se contentaient d'une modeste aisance et, contrairement aux lombards établis à S. au XIVe s. et au début du XVe, ne se comportaient pas en investisseurs, on ne vit apparaître aucune grande entreprise. La ville frappait monnaie avant 1300 déjà. Dès le bas Moyen Age, elle organisait quatre foires annuelles, dont celle de la Pentecôte autorisée en 1376 par l'empereur Charles IV. Les plaintes des corporations au sujet de la concurrence de marchands étrangers ne rencontrèrent aucun écho au Conseil, pourtant assez xénophobe, car les taxes prélevées sur les ventes alimentaient les caisses de l'Etat. Cependant, le Conseil fixait des prix maximaux en temps de disette. Le commerce fut stimulé par le fait que S. abrita dès 1530 la résidence de l'ambassadeur de France.

A l'époque des guerres de religion et de la guerre de Trente Ans, le service militaire en France devint une importante source de revenus, qui contribua à surmonter le renchérissement des denrées alimentaires. D'innombrables Soleurois s'engagèrent au service de France; plus d'un y acquit honneurs et richesses. Quelques bourgeois entreprenants, comme Nikolaus Glutz, Urs Grimm et Martin Besenval, se tournèrent dans la première moitié du XVIIe s. vers le commerce en gros du drap, de l'argenterie et du sel. Mais comme ce trafic, contrairement à celui des centres textiles protestants, reposait entièrement sur des importations, son succès fut bref, d'autant plus que les routes de transit devinrent peu sûres pendant la guerre de Trente Ans. Si les métiers du bâtiment prospérèrent à l'époque baroque, les autres secteurs de l'artisanat végétèrent jusqu'au XVIIIe s. Quand les besoins de la France en mercenaires diminuèrent, vers le milieu du XVIIIe s., quelques familles patriciennes se mirent à investir massivement dans des sociétés commerciales et industrielles. Ainsi naquirent plusieurs entreprises actives surtout dans le textile, la plus grande étant l'indiennerie Franz Wagner & Cie (1765). La Société économique, fondée en 1761, soutint cette nouvelle attitude.

Auteur(e): Erich Meyer / PM

3.2 - Société

Etant donné la rareté des sources, la stratification sociale de la bourgeoisie soleuroise au Moyen Age est mal connue. Au XIIIe s., une élite restreinte de propriétaires fonciers nobles et de marchands dominait les artisans. Jusqu'au pogrome de 1348 (pendant la grande peste), la population comprenait aussi des juifs. Vers le milieu du XIVe s., les artisans organisés en corporations acquirent une influence politique croissante. Après l'extinction des dernières familles de chevaliers (1459), même la charge d'avoyer fut confiée à des bourgeois, riches aubergistes, bouchers et meuniers. La bourgeoisie atteignit ainsi l'égalité politique. Mais une nouvelle élite dirigeante se forma dès le XVIe s., grâce au service étranger. Les membres de cette aristocratie étaient issus de la bourgeoisie locale (mis à part quelques descendants de familles immigrées), mais ils avaient gagné dans la carrière militaire en France un très grand prestige social; au cours du XVIIe s., ils chassèrent les artisans hors des conseils et se réservèrent les charges de bailli. Ils menaient une vie raffinée, à la française, et s'isolaient de plus en plus de la bourgeoisie. Cependant, l'extinction de quelques familles patriciennes ouvrit à nouveau les portes des conseils à des bourgeois, après 1760. Les artisans, majoritaires au sein de la bourgeoisie, tenaient d'autant plus fermement à leurs privilèges matériels qu'ils étaient privés de participation politique; ils approuvèrent la fermeture de la bourgeoisie en 1682. Les "habitants" (non bourgeois) restèrent néanmoins peu nombreux; ils furent agrégés à la bourgeoisie en 1745. Le groupe jouissant du statut le moins favorable était celui des "domiciliés" (Domizilianten): travailleurs étrangers, domestiques, marchands et artistes ambulants; leur droit de séjour était limité dans le temps.

Auteur(e): Erich Meyer / PM

3.3 - Eglise et vie religieuse

Les droits paroissiaux appartenaient au chapitre collégial de Saint-Ours. Le couvent des franciscains, fondé en 1280, était étroitement lié à la bourgeoisie. Des béguines s'installèrent au XIVe s.; elles soignaient les malades (il existait déjà un hôpital et une maladrerie). Un avoyer fit une donation qui permit de construire en 1465 un nouvel hôpital avec sa chapelle, dans le faubourg. Le renouveau ecclésiastique qui suivit les troubles de la Réforme conduisit à restaurer en 1546 le couvent abandonné des franciscains et à réformer en 1627 le chapitre, négligé, de Saint-Ours. De nouveaux ordres aplanirent la voie de la Réforme catholique: on fit appel aux capucins en 1588, aux jésuites en 1646. Il y eut en outre des capucines dès 1609; les franciscaines occupèrent leur nouveau couvent en 1652, les visitandines en 1654. La religiosité marquée de la bourgeoisie s'exprimait dans ses confréries, dans des pèlerinages, dans de nombreuses fondations pieuses et, de manière visible, dans la construction de grandes églises.

Auteur(e): Erich Meyer / PM

3.4 - Formation et culture

A côté de l'école latine du chapitre, S. disposa dès 1520 d'une école allemande municipale et dès 1541 d'une classe pour les filles. Comme l'état d'abandon de ces écoles suscitait des plaintes continuelles et qu'en outre la ville manquait d'une école supérieure, le Conseil fit appel aux jésuites en 1646. Leur collège dispensa une formation gymnasiale surtout à des fils de patriciens; il fit place à l'"internat des professeurs" (Professorenkonvikt) après la suppression de l'ordre en 1773.

D'anciens élèves de Glaréan, comme Johannes Aal, Hanns Wagner et Hans Jakob vom Staal le Vieux furent actifs à S. dans la seconde moitié du XVIe s. Une imprimerie fut fondée en 1658; elle publia en 1666 la chronique soleuroise de Franz Haffner, ouvrage éclectique en deux volumes. Quelques bourgeois éclairés stimulèrent la vie intellectuelle dans la seconde moitié du XVIIIe s., tels Franz Jakob Hermann, homme de lettres et fondateur de la bibliothèque municipale, ou l'éditeur-imprimeur Franz Josef Gassmann. Comme de nombreux Soleurois, ils firent partie de la Société helvétique, qui eut un adepte particulièrement enthousiaste en la personne du chanoine Franz Philipp Gugger.

Auteur(e): Erich Meyer / PM

4 - Histoire politique et administrative aux XIXe et XXe siècles

La chambre de régie créée en 1798 pour administrer les biens de la bourgeoisie éleva des prétentions sur les biens de l'ancien Etat-cité; elle obtint par la convention de partage de 1801 de grands domaines et de vastes forêts en dehors du ressort municipal qui avait été fortement réduit en 1720. Les onze corporations, privées de toute fonction politique par le parlement cantonal en 1831, furent dissoutes entre 1831 et 1842. La loi sur les communes de 1859 amena peu à peu une participation de tous les citoyens, bourgeois ou non, aux affaires communales. La commune d'habitants fut créée en 1875, en application des Constitutions fédérale de 1874 et cantonale de 1875; le partage des biens avec la commune bourgeoise fut laborieux et ne put être achevé qu'en 1978, avec l'aide du Conseil d'Etat.

Le Conseil communal (trente membres et quinze membres suppléants), élu depuis 1897 à la proportionnelle, détient le pouvoir exécutif; il le fait exercer par une commission de sept membres qu'il désigne en son sein. Le président de ville et le vice-président sont élus par le peuple. L'Assemblée communale incarne le législatif (il n'y a pas de parlement communal). La composition du Conseil communal est restée remarquablement stable entre 1917 et 1973, les radicaux occupant environ 60% des sièges, les socialistes et les conservateurs populaires (auj. PDC) 20% chacun. L'Assemblée communale introduisit le suffrage féminin en 1970. L'émergence de nouveaux partis fit perdre aux radicaux leur prépondérance. En 2009, le PRD obtint 30% des voix, le PS 23%, le PDC 23%, les Verts 17% et l'UDC 7%.

Des infrastructures modernes furent créées dans la seconde moitié du XIXe s. La ville fut raccordée au télégraphe en 1852. En 1860, le marchand d'Augsbourg Ludwig August Riedinger fit construire une usine à gaz sur le site arasé du bastion Saint-Pierre et créa un réseau privé d'éclairage au gaz. La distribution d'eau courante entra en fonction en 1880, le premier réseau téléphonique en 1883, la centrale électrique municipale en 1895. La ville reprit l'usine à gaz en 1903. Le développement des services industriels et de tâches dans les domaines social, scolaire et culturel entraîna celui de l'administration communale à partir des années 1880.

Auteur(e): Erich Weber / PM

5 - Economie et société aux XIXe et XXe siècles

5.1 - Urbanisme et transports

En 1835, le canton commença à démolir, comme il en avait la compétence, les fortifications baroques à la hauteur des portes de Bâle et de Bienne. Il s'agissait de faciliter le trafic plutôt que d'abattre un symbole politique. Au début, ce démantèlement n'eut guère d'effet urbanistique. D'autres brèches furent percées en 1856-1857, lors de la construction de la ligne Herzogenbuchsee-S.-Bienne de la compagnie du Central-Suisse. Le nouveau quartier du Westring se développa de manière planifiée dès 1862 entre la gare de l'ouest et la vieille ville. Le Grand Conseil, en choisissant d'implanter la gare de la ligne du Gäu (ouverte en 1876) au sud de la ville, condamna les bastions de la rive sud de l'Aar, zone où surgit dès 1890 le quartier de Neu-Solothurn, deuxième grande extension de la ville. Dès 1876, une opposition se dessina contre la poursuite de la démolition des remparts. Après plusieurs années de lutte, la commune d'habitants acquit le bastion de Riedholz au nord-est et le fit restaurer en 1893. En revanche, la campagne nationale contre la décision du Grand Conseil de démolir en 1905 une partie des remparts du faubourg (Turnschanze) échoua, mais elle fut à l'origine de la fondation du Heimatschutz. Sur l'emplacement des fortifications au nord de la ville, on aménagea avant 1902 un boulevard, un grand parc et des bâtiments culturels.

Un projet d'aménagement du territoire présenté par le président de ville fut refusé par le peuple en 1912. Le débat sur l'incorporation des communes de Feldbrunnen et Zuchwil se termina en 1919 sans résultat. Par la suite, de nouveaux quartiers d'habitation surgirent de manière assez anarchique sur d'anciens grands domaines agricoles. Au milieu des années 1970, la crise qui frappa l'industrie soleuroise se répercuta brutalement dans le secteur du bâtiment, qui ne se reprit qu'à la fin des années 1990. La ville fut raccordée au réseau autoroutier en 1971, par l'A5. Le trafic motorisé fut interdit sur la Wengibrücke en 1961 et limité dans une partie de la vieille ville dès 1972 (pas de trafic nocturne ni d'accès l'après-midi). La route de contournement ouverte à l'ouest de la ville en 2008 a permis de desservir les dernières grandes réserves de terrain de la commune.

Auteur(e): Erich Weber / PM

5.2 - Economie et société

La croissance économique resta modeste dans la première moitié du XIXe s. Dès 1850, l'Association des arts et métiers fondée en 1842 tenta, avec l'appui de la commune, d'attirer de nouvelles industries. Mais ces efforts échouèrent au début, à cause du manque d'énergie hydraulique. Le raccordement au réseau ferroviaire en 1857 stimula les exportations de calcaire exploité dans les carrières de S. et de Sankt Niklaus ("marbre" de S.), qui cependant ne pourront lutter contre la concurrence de matériaux moins chers dès les années 1890. En 1863, Viktor Glutz-Blotzheim fonda la fabrique de charnières et de serrures Glutz SA, qui existe encore au début du XXIe s. Josef Müller-Haiber tira parti dès 1876 des installations hydrauliques du moulin Schanzmühle, pourtant peu puissantes, pour un atelier de décolletage, ancêtre des usines Sphinxwerke. En 1886, il construisit entre sa fabrique et la centrale de Kriegstetten, éloignée de 7 km, la première ligne électrique aérienne du monde. L'industrie horlogère prit pied à S. en 1888 avec la société anonyme Liga et en 1905 avec Meyer & Stüdeli (Roamer Watch en 1952). Walter Hammer fonda en 1922 la fabrique Autophon, la première en Suisse spécialisée dans la téléphonie automatique (reprise par Ascom en 1987).

Les immigrants apportèrent une contribution essentielle à l'essor industriel du XIXe s.; ils modifièrent aussi la structure de la population qui ne comptait plus en 1889, en dépit de nombreuses naturalisations, qu'un quart de bourgeois. Après que le patriciat eut perdu le pouvoir dans le premier tiers du XIXe s., on vit de plus en plus, à la fin du siècle, de nouveaux arrivés prendre une part active, à côté des indigènes, à la vie économique, politique et culturelle. La part des étrangers dans la population de la ville augmenta massivement dès les années 1960.

La crise des années 1970 frappa durement l'industrie soleuroise. Entre 1965 et 2005, le nombre des emplois passa de 7729 (53%) à 2769 (17%) dans le secteur secondaire, tandis qu'il croissait de 6749 à 13 097 (82%) dans le tertiaire.

Auteur(e): Erich Weber / PM

5.3 - Eglise et vie religieuse

Lors de la refondation du diocèse de Bâle (1828), S. devint siège épiscopal et la collégiale Saint-Ours fut élevée au rang de cathédrale. Lors du Kulturkampf, en 1870, le grand séminaire, fondé en 1859 (ouvert en 1860), fut supprimé et remplacé par un séminaire provisoire jusqu'en 1876, avant d'être établi à Lucerne en 1878; l'évêque Eugène Lachat fut exilé à Lucerne (1873), d'où il officia durant onze ans avant de résigner en 1884. Son successeur, Friedrich Fiala, retrouva sa résidence soleuroise. On comptait au début du XIXe s. six monastères; seuls subsistent au début du XXIe s. les couvents féminins du Nom de Jésus et de la Visitation.

La ville était très catholique. Les protestants, au début du XIXe s., se rendaient au culte à Lüsslingen. Ils fondèrent une paroisse en 1835 et construisirent une église en dehors de la vieille ville en 1867 (remplacée par un édifice plus grand en 1925), qui servit à toute la région jusqu'à l'apparition de temples dans les communes voisines. La paroisse catholique-chrétienne fondée en 1877 reprit en 1896 l'église du couvent des franciscains (supprimé en 1857). Des israélites aménagèrent en 1893 un lieu de prière (fermé en 1983). L'Eglise méthodiste s'installa à S. en 1898. Le centre islamique ouvrit en 1980.

Auteur(e): Peter Michael Keller / PM

5.4 - Formation et culture

Après la sécularisation des écoles supérieures, S. devint le siège de l'école cantonale (issue en 1833 de l'"internat des professeurs") et en 1857 de l'école normale (issue des cours cantonaux de formation des maîtres dispensés à Oberdorf). L'école des arts et métiers ouvrit en 1843, l'école de commerce en 1862 et l'école d'horlogerie en 1884 (transférée à Granges en 2002).

L'essor des activités culturelles au XIXe s. dut beaucoup à des associations qui existent encore au début du XXIe s., comme la Société des sciences naturelles (1823), celle des beaux-arts (1850) ou la Töpfergesellschaft (1857), qui organise des cycles de conférences. Le chœur d'hommes (1826) et la Cécilienne (1831) animèrent la vie musicale. La tradition du carnaval, qui remonte au Moyen Age, s'est perpétuée sans interruption jusqu'à nos jours; elle connut un renouveau en 1853 avec la fondation de la société carnavalesque ("Narrenzunft" dès 1862) de Honolulu (surnom de S. pendant le carnaval, période où le monde marche à l'envers, parce que le chef-lieu hawaïen est censé être aux antipodes).

En sus du théâtre construit en 1730, on bâtit dans le parc municipal un manège (1863-1864), une salle de concert (1898-1900) et un musée (1897-1902). Le théâtre, plusieurs fois transformé, accueillit au XIXe s. aussi bien les spectacles de la Société de théâtre amateur fondée en 1810 que des troupes en tournée, des acrobates et des artistes de foire. Une commission théâtrale fondée en 1893 tenta d'y établir à demeure un ensemble professionnel; en 1927, on parvint à créer le Théâtre des Régions de Bienne-Soleure. Le musée, originellement voué à l'histoire, à l'histoire naturelle et aux beaux-arts, s'est restreint à ce dernier domaine; il possède une importante collection d'art suisse et d'art moderne classique. La ville ouvrit en 1952 son musée d'histoire au château de Blumenstein et en 1981 son musée d'histoire naturelle.

Dans le dernier tiers du XXe s., la vie culturelle s'est fortement développée dans la petite ville de S. qui abrite deux manifestations d'envergure nationale, les Journées de Soleure (festival de cinéma) depuis 1966 et les Journées littéraires de Soleure depuis 1979. L'auberge zum Kreuz, ouverte en 1973, fut le premier restaurant autogéré de Suisse. La Kulturfabrik Kofmehl accueille depuis 2005 des concerts de musique pop et de rock. Au début du XXIe s., S. se classe régulièrement dans le groupe de tête des villes suisses pour ce qui est des dépenses dans le domaine de la culture (en francs par habitant).

Auteur(e): Peter Michael Keller / PM

Références bibliographiques

Fonds d'archives
– Arch. du Service archéol. cantonal, Soleure
– Historisches Stadtarchiv Solothurn, ZBSO
– Steinmuseum, Soleure
Bibliographie