30/11/2010 | communication | PDF | imprimer | 

Olten (commune)

L'édition imprimée de cet article comporte des images. Commandez le DHS chez notre éditeur.

Comm. SO, chef-lieu du distr. homonyme. La vieille ville se trouve au confluent de l'Aar et de la Dünnern; les nouveaux quartiers, apparus dès le XIXe s. sur les deux rives de l'Aar, se situent entre les contreforts du Jura au nord et les collines de Born, Säli et Engelberg au sud. 1201 Oltun, ancien nom franç. Olte. Env. 500 hab. vers 1600, 888 en 1739, 1223 en 1798, 1634 en 1850, 6969 en 1900, 16 485 en 1950, 21 209 en 1970, 16 757 en 2000.

1 - Préhistoire

La majeure partie des vestiges préhistoriques découverts à O. et ses environs datent de l'âge de la Pierre, ce qui s'explique surtout par la présence de gisements de silex, principale matière première pour la fabrication d'outils en pierre. Dans la carrière néolithique de Chalchofen, à la limite de Wangen bei O., Theodor Schweizer a découvert des fosses, pouvant atteindre 2 m de diamètre et de profondeur, creusées dans le calcaire par les chercheurs de rognons de silex. On a retrouvé des silex provenant d'O. dans de nombreux endroits du Plateau et du nord-ouest de la Suisse.

Pour le Paléolithique, les stations de plein air Hard I et II et la grotte d'Oben sur le flanc du Säli ont livré, en grand nombre (des centaines à Hard, env. 3000 à Oben), des objets et outils en silex, grattoirs, perçoirs, burins et lames, attribués au Magdalénien final (env. 14 000-12 000 av. J.-C.). On trouve d'autres sites paléolithiques importants à proximité immédiate, sur les communes de Winznau (Käsloch) et Starrkirch-Wil (Müliloch).

Le Néolithique est représenté par les sites de Chalchofen, Hardwald, Säliacker, Dickenbännli, Born oberhalb der Enge et Born-Kapuzinerboden, auxquels s'ajoutent de nombreux vestiges isolés, sur tout le territoire communal. Le matériel comprend des couteaux, pointes de flèche, haches et grattoirs en silex, des haches en pierre polie et des pointes du type Dickenbännli, caractéristiques du nord-ouest de la Suisse (fin du Ve millénaire). La rareté de la céramique rend les datations difficiles.

L'âge du Bronze n'a guère laissé que quelques fragments de céramique (Born oberhalb der Enge, Dickenbännli, est de la vieille ville). Lors de la correction de la Dünnern, on a mis au jour deux épingles, un poignard et une épée à languette du Bronze, ainsi qu'un bracelet du premier âge du Fer. Un autre bracelet hallstattien, en lignite, provient du Dickenbännli. Pour le second âge du Fer, on a trouvé deux monnaies séquanes (centre ville) et une fibule (du type Dickenbännli).

Auteur(e): Pierre Harb / PM

2 - Epoque romaine

Entre la Frohburgstrasse au nord, la vieille ville au sud et le quartier Hammer à l'ouest s'étendait un vicus, non fortifié, dont on ignore le nom; sa superficie aurait atteint, au IIe s. apr. J.-C., 300 sur 500 m. Des vestiges de maisons en pierre, d'hypocaustes et de peintures murales (Baslerstrasse) témoignent de son importance. Son axe est-ouest prolongeait vraisemblablement un pont sur l'Aar (sans doute à l'emplacement de l'Alte Brücke). Il semble qu'au bord occidental du vicus (Hammermätteli) se trouvait un cimetière, dont proviendraient les deux pierres tombales découvertes lors de la démolition de la porte médiévale du pont. Le vicus fut sans doute détruit dans la seconde moitié du IIIe s. Un trésor de 1100 monnaies frappées entre 193 et 275 gisait à 1,2 km à l'ouest du castrum du Bas-Empire.

Vers la fin du IIIe s. apr. J.-C., on construisit une première fortification, à l'entrée occidentale du pont (coin sud-est du vicus). Cet ouvrage, muni d'un fossé, fut démoli et remplacé dans le premier tiers du IVe s. au plus tard par un assez grand castrum à plan en forme de cloche. Etroitement apparenté par sa structure aux autres castra de l'Aar, Salodurum/Soleure et Brugg/Altenburg, il est peut-être leur contemporain. Le dernier tronçon en surface de son mur d'enceinte fut démoli en 1902, près de la "salle des chevaliers" du Klosterplatz. Le tracé de la muraille, qui avait une épaisseur moyenne de 3,5 m, est conservé au nord et à l'ouest; on repère à plusieurs endroits les opes caractéristiques. On a découvert à la Frohburgstrasse, à environ 300 m au nord, une partie de la nécropole du castrum (seize tombes à inhumation du Bas-Empire).

Auteur(e): Rudolf Fellmann / PM

3 - Du Moyen Age au début du XXIe siècle

3.1 - Histoire politique

Une petite ville s'édifia au Moyen Age sur les fondations de l'ancien castrum romain. Elle releva des Frobourg, qui lui octroyèrent ses franchises, d'abord sans doute comme alleu, et après 1265 à titre de fief mouvant de l'évêque de Bâle; après leur extinction, elle fut remise en gage aux Thierstein-Kibourg (1377), aux Kibourg (1379), puis aux Habsbourg (1384). Elle reçut en 1395 du duc d'Autriche Léopold IV, en plus de ses trois foires annuelles, un droit de marché hebdomadaire qui fit d'elle un modeste centre régional. Passé sous l'administration de la ville de Bâle, O. tenta de se créer un territoire en acquérant en 1409 la seigneurie de Kienberg, en obtenant aussi en 1408 la haute juridiction et en 1410, du roi des Romains Robert, l'autorisation de désigner elle-même son juge, à condition qu'il soit chevalier. Après les incendies de 1411 et 1422, la ville de Bâle perdit son intérêt pour O., où elle avait pourtant beaucoup investi, entre 1407 et 1422, dans l'idée d'en faire son avant-poste méridional. Les droits seigneuriaux furent remis en gage (1426), puis vendus (1532) à Soleure. Sous ce nouveau maître, O. perdit sa haute juridiction en 1442, le droit de nommer son avoyer en 1453 et finalement en 1653 ses franchises, pour avoir adhéré durant la guerre des Paysans à la ligue de Huttwil. Ces amputations dans les anciens droits fondèrent une tradition de résistance contre le chef-lieu. En 1798, O. accueillit les Français en libérateurs. En 1814, Soleure réprima le soulèvement des patriotes d'O. contre le gouvernement de la Restauration en envoyant des troupes et en essayant par deux fois d'appréhender les meneurs supposés. Les gens d'O., en particulier le futur président de la Confédération Josef Munzinger, jouèrent un rôle dirigeant dans le mouvement de la Régénération dès 1830.

En 1817, O. fut la première commune du canton à retrouver son autonomie, en se dotant d'une assemblée et d'un Conseil. La présidence de la ville fut professionnalisée en 1917. L'assemblée communale céda la place en 1972 à un parlement de cinquante membres. L'accroissement des dépenses publiques obligea à percevoir un impôt local dès 1859. La commune bourgeoise fut séparée de la commune politique en 1875; elle conserva une grande partie de la fortune foncière et la gestion de la Caisse d'épargne municipale, mais reprit aussi des tâches publiques, notamment la construction et l'exploitation de la salle de concerts et du théâtre. Les infrastructures modernes apparurent dès la fin du XIXe s.: direction des postes et des télégraphes en 1887, éclairage électrique en 1896, réseau de gaz en 1899, eau courante en 1902/1906, égouts en 1907. Seconde ville du canton, O. est le siège de l'hôpital cantonal (1880), d'une école de commerce (1912), d'un établissement cantonal d'enseignement (1938, école cantonale en 1972) et d'une filiale de la haute école spécialisée de la Suisse du nord-ouest (1998).

Auteur(e): Martin Eduard Fischer, Peter Heim / PM

3.2 - Histoire urbanistique

Pendant des siècles, O. ne fut qu'une petite place forte sur la rive gauche de l'Aar, avec un quartier de bateliers et de flotteurs de bois de l'autre côté du pont. Les premiers quartiers hors les murs (Hammer, faubourg de Wangen) apparurent après les incendies du début du XVe s. Les maisons de chanoines de la Kirchgasse furent construites en 1701-1705 en prévision d'un transfert du chapitre de Schönenwerd, qui ne se réalisa pas. L'église Saint-Martin fut remplacée en 1805-1813 par un grand édifice néoclassique bâti devant les portes de la ville.

Lié aux chemins de fer, l'essor d'O. commença après 1860 avec des rangées d'assez grands immeubles, en partie coopératifs, derrière la gare. Après la construction du pont de la Gare (1881-1883), le centre de gravité de la ville se déplaça sur l'axe reliant la gare principale sur le rive droite et celle d'O.-Hammer sur la rive gauche (Frohburgstrasse, Ringstrasse). L'aménagement de la gare de triage, au nord de la gare principale, déclencha vers 1900 une troisième phase d'expansion, fondée sur une économie bien diversifiée. Après la Deuxième Guerre mondiale, des immeubles commerciaux et locatifs de plusieurs étages surgirent dans le centre, comme en périphérie. L'accroissement démographique rapide amena une occupation presque complète de tout l'espace disponible. L'Aar, les voies ferrées et les routes de transit, qui coupent le territoire en deux, sont un défi pour l'urbanisme d'O.

Auteur(e): Martin Eduard Fischer, Peter Heim / PM

3.3 - Histoire économique et sociale

Les forgerons et les aubergistes, qui profitaient du trafic de transit, formèrent pendant des siècles l'élite économique et politique. En 1536, le Gheid, lande aride à l'ouest de la ville, fut transformé en zone de prairies irriguées. Des projets de création d'un marché au blé amenèrent la construction d'une halle avec grenette en 1592. A la fin du XVIIIe s., O. devint un centre de l'industrie du tricot à domicile.

Nœud ferroviaire (gare ouverte en 1856), site des ateliers de la Compagnie du Central-Suisse, O. devint en quelques décennies un centre des secteurs secondaire et tertiaire. Sa bonne situation au point de vue des transports ne cessa d'attirer de nouvelles entreprises, ce qui lui permit de surmonter sans trop de dégâts toutes les crises économiques jusque dans le dernier tiers du XXe s. A côté des transports, les branches les plus importantes furent la métallurgie et les machines, l'industrie du cuir et de la chaussure, la savonnerie (Helvetia/Sunlight), le bâtiment et les matériaux de construction. La centrale d'O.-Aarbourg, fondée en 1894, a donné naissance à l'une des plus grandes entreprises électriques suisses (Atel, 1936). Le dépôt central de la Société suisse des libraires (Schweizer Buchzentrum en 1968) se trouve depuis 1882 à O., qui abrita aussi, de 1910 à 1972, celui de la coopérative d'achat Usego. Malgré la fermeture ou la délocalisation de nombreuses entreprises industrielles, O. garde sa place, au début du XXIe s., dans le triangle Zurich-Berne-Bâle, grâce à la présence des CFF et d'autres grandes sociétés de services (Swisscom, groupe SEGA/SIS).

Jusqu'au milieu du XXe s., O. connut une forte immigration, en provenance surtout du Plateau alémanique. Etant donné la forte proportion, dans la population active, des employés de la Confédération et la prépondérance, dans l'économie privée, des petites et moyennes entreprises, il ne se forma ni grande bourgeoisie ni prolétariat industriel; cela se reflète dans la structure urbaine (ni villas de maîtres, ni vastes quartiers ouvriers).

Auteur(e): Martin Eduard Fischer, Peter Heim / PM

3.4 - Vie ecclésiastique et culturelle

Le patronage de l'église Saint-Martin (dédicace fréquente dans la région, peut-être due à une christianisation à l'époque franque), mentionnée en 1260, passa en 1528 du chapitre de Zofingue à la ville de Berne, puis en 1539 au chapitre de Schönenwerd. Les capucins s'établirent à O. en 1646.

L'immigration en provenance des cantons protestants entraîna la mixité confessionnelle dans la seconde moitié du XIXe s. La paroisse protestante fut fondée en 1859. Les tensions apparues dès le début du XIXe s. entre le clergé local et les dirigeants libéraux préparèrent le terrain pour les luttes du Kulturkampf, où O. joua un rôle central. L'Eglise catholique-chrétienne tint son synode constitutif à O. en 1875 et élut son premier évêque en 1876 en la personne du curé d'O., Eduard Herzog. Les catholiques romains, bannis de l'église municipale, édifièrent en 1908-1910 une église néoromane, également dédiée à Saint-Martin; ils étaient de nouveau majoritaires au début du XXIe s., après avoir fait longtemps jeu égal avec les protestants, les catholiques-chrétiens formant une petite minorité.

De 1786 à 1795, O. accueillit les séances de la Société helvétique. Nombre d'associations, fédérations et partis politiques suisses y ont été fondés, vu sa situation centrale (Association suisse des musiques en 1862, Club alpin suisse en 1863, Union syndicale suisse en 1880, Parti radical suisse en 1894, Groupe d'O. en 1970); mentionnons aussi le comité d'O., qui joua un rôle moteur dans la grève générale de 1918.

La vie culturelle se déroulait au XIXe s. sous l'égide des sociétés soutenues par l'élite libérale et radicale, comme la Société de lecture fondée en 1816 (qui créa en 1902 la bibliothèque municipale) et la Société de musique et de théâtre (1824, ancêtre de la Société de chant fondée en 1861). La collection de dessins du peintre d'O. Martin Disteli fut à l'origine du Musée des beaux-arts. Le Musée d'histoire naturelle date de 1872, le Musée historique de 1903. La cité du chemin de fer, en plein essor, donna un signe visible de son identité culturelle en construisant en 1885-1887, sur le quai de l'Aar, face à la gare, le bâtiment de la préfecture qui abrite aussi le siège de la Caisse d'épargne d'O. (fondée en 1824) et une salle de concerts; on y adjoignit en 1910 l'hôtel de ville et le théâtre. La tradition des concerts et spectacles donnés par des artistes étrangers en tournée remonte aux lendemains de la Première Guerre mondiale. Un théâtre de poche a ouvert en 1965. Les principales manifestations sont la fête de la Société municipale des carabiniers à la Saint-Sébastien (dès 1811), la fête des écoles (dès 1816) et le festival de cabaret d'O. (dès 1988).

Auteur(e): Martin Eduard Fischer, Peter Heim / PM

Références bibliographiques

Fonds d'archives
– AV Olten
Bibliographie