• <b>Muri (couvent)</b><br>L'abbaye de Muri et l'église paroissiale Saint-Goar, vus du sud-est. Gravure sur cuivre réalisée en 1615 par  Johann Caspar Winterlin (Zentralbibliothek Zürich, Graphische Sammlung und Fotoarchiv). Les saints patrons (Martin et Benoît) sont représentés en bas à gauche, avec les armoiries de l'abbaye, de l'abbé et de la communauté. Winterlin, moine à Muri depuis 1596, a représenté l'aspect des bâtiments au bas Moyen Age, avant les travaux de 1684. Le territoire de l'abbaye (communs, jardins, prairies) se trouve à l'intérieur d'une enceinte. Tout à gauche de l'image, on voit l'église Saint-Goar (architecture du gothique tardif).

Muri (couvent)

Ancienne abbaye bénédictine, relevant du diocèse de Constance jusqu'en 1814 et de celui de Bâle après 1828. Elle fut supprimée en 1841 et les conventuels furent déplacés à Sarnen (1841) et dans l'ancien chapitre de chanoines augustins de Gries près de Bolzano (Tyrol du Sud, dès 1845). Selon les Acta Murensia (vers 1160), Ita de Lorraine, épouse du comte Radbot de Habsbourg, aurait fondé l'abbaye en 1027 sur le conseil de son frère Wernher, évêque de Strasbourg, pour racheter les crimes de son beau-père. A la demande de Radbot, l'abbé d'Einsiedeln envoya à M. le moine Reginbold comme premier prieur, chargé d'acquérir des biens pour le couvent et de mettre en route sa construction,. L'église dédiée à saint Martin fut consacrée le 11 octobre 1064, sous le priorat de Burkhard, qui fut élu abbé l'année suivante par l'assemblée conventuelle. Entre 1082 et 1085, des moines de Saint-Blaise (Forêt-Noire) introduisirent la réforme clunisienne. M. fut un couvent double de 1083 à la fin du XIIe s., époque où les moniales furent transférées à Hermetschwil. Aux XIIe et XIIIe s., elle s'enrichit de nouvelles possessions et de plusieurs collations, en particulier celles de Wohlen (AG) et de Boswil. Elle s'incorpora la paroisse de M. en 1242. Des incendies et des pillages, notamment en 1300 et en 1443-1445, lui firent perdre des pièces de son trésor, des livres et des chartes. Après la guerre de Sempach, les ducs d'Autriche lui firent don d'autres collations, par exemple celle de Sursee. Papes et empereurs lui accordèrent divers privilèges (insignes pontificaux en 1507). Après la conquête de l'Argovie par les Confédérés en 1415, l'avouerie passa des Habsbourg aux cantons de Zurich, Lucerne, Schwytz, Unterwald, Zoug et Glaris, auxquels vinrent s'ajouter Uri en 1549 et Berne en 1712.

En dépit de l'amitié qui liait l'abbé Laurentius von Heidegg (1508-1549) à Heinrich Bullinger, M. resta fidèle à l'ancienne foi (1531), avec le soutien des cantons catholiques, de Lucerne en particulier; l'abbaye fut pillée par les troupes bernoises lors de la deuxième guerre de Kappel. Aux XVIe et XVIIe s., on dut appliquer les réformes du concile de Trente (abolition du système des prébendes, introduction de la clôture, meilleure formation des moines, soit à l'école conventuelle, soit dans des universités). On encouragea l'historiographie et l'enluminure. Au XVIIe s., les réformes étendirent leurs effets aux rites (confréries, liturgie, formes baroques de piété comme le culte de saint Leonce introduit en 1647) et aux paroisses dont M. avait la collation. En 1603, l'abbaye entra dans la congrégation suisse des bénédictins. Elle se battit pour obtenir l'exemption par rapport à la juridiction diocésaine (1622), la libre élection de l'abbé et le droit d'être visitée exclusivement par des abbés de l'ordre (1649). Sur le plan administratif, elle fit dresser des terriers et désigna des intendants laïques pour ses quatre domaines. Les abbés eurent de fréquentes disputes avec les cantons protecteurs, lorsque ceux-ci portaient atteinte à l'immunité de l'abbaye par leurs exigences financières (impôts, taxes d'avouerie). En 1651, M. acquit la seigneurie de Klingenberg et au XVIIIe s. des biens au sud de l'Allemagne, notamment Glatt dans la vallée du Neckar, qui lui appartint jusqu'en 1803. Le prestige de l'abbaye atteignit son apogée en 1701, lorsque l'empereur Léopold Ier conféra à l'abbé Plazidus Zurlauben (1684-1723) le titre de prince. Jusqu'en 1803, la principauté abbatiale de M. resta le centre spirituel et intellectuel du Freiamt, en même temps que son principal seigneur foncier et justicier.

Les bâtiments conventuels du bas Moyen Age furent rénovés dans un style gothique tardif à la suite d'incendies, mais sans être agrandis avant le XVIIe s. En 1509, l'abbé Laurentius von Heidegg se fit construire une chapelle. Le cloître fut transformé en 1534 et décoré de vitraux en 1554. L'abbé Johann Jodok Singisen commandita l'aile ouest (aile Singisen, auj. hospice des bénédictins) et les stalles de Simon Bachmann (1650-1657). L'abbé Plazidus Zurlauben (1684-1723) osa enfin faire rebâtir l'église, en 1695, vraisemblablement suivant les plans et les idées de Giovanni Battista Bettini assisté du frère Caspar Moosbrugger. La consécration du sanctuaire, avec sa coupole octogonale de 25 m de haut, eut lieu en 1697. Un peu moins de cent ans plus tard, l'abbé Gerold Meyer von Schauensee (1776-1810) fit dresser par Valentin Lehmann les plans d'un nouveau couvent. Cependant, seule fut réalisée l'aile est, entre 1789 et 1798, longue de 218 m. Incendiée en 1889, puis reconstruite, elle sert depuis 1909 d'hospice cantonal.

Sous la République helvétique, le monastère essuya des pertes, comme beaucoup d'autres, tandis que son abbé, âgé de presque 70 ans, s'enfuyait en Allemagne et en Moravie en 1798. Dès 1803, M. fit partie du canton d'Argovie; celui-ci décida de maintenir les couvents et de leur restituer leurs propriétés. L'école aussi continua d'exister, mais un projet de grand séminaire ne se réalisa pas. Le gouvernement libéral-radical, formé après le soulèvement du Freiamt en 1830, s'immisça de plus en plus dans les affaires du couvent: il lui interdit l'admission de novices, fit fermer son école et le plaça sous la surveillance de l'administration cantonale. Les autorités ayant rejeté sur l'abbé Adalbert Regli (1838-1881) et ses moines la responsabilité du soulèvement du Freiamt au début de 1841, le Grand Conseil décida le 13 janvier 1841 la suppression de tous les couvents du canton (affaire des couvents d' Argovie) et ordonna le départ des moines dans les quinze jours qui suivaient. L'abbé se vit proposer en février 1841 par le gouvernement d'Obwald de reprendre l'école latine de Sarnen; il commença à y enseigner le 12 novembre avec sept pères. En 1867, il y ouvrit un petit séminaire et un internat; tous deux ont cessé leur activité en 2000. Le bâtiment de l'école conventuelle abrite depuis 1964 l'école cantonale d'Obwald. Les pères firent construire l'église du collège (Saint-Martin) entre 1964 et 1966.

La maison impériale d'Autriche condamna la suppression des couvents argoviens et offrit l'asile aux moines de M. A partir de septembre 1843, des négociations furent entamées sous l'égide de Metternich pour un transfert dans l'ancien chapitre des chanoines augustins de Gries. Après que le Saint-Siège eut autorisé, en 1844 et 1852, la création d'un priorat, l'abbé Regli, arrivé sur les lieux avec quelques pères en 1845, fonda le 10 décembre 1846 le nouveau couvent de M.-Gries. Les bâtiments nécessitaient de nombreuses rénovations et avec l'augmentation du nombre d'occupants, il fallut ajouter des annexes. Parmi les novices admis à Gries au XIXe s., on compte seulement un tiers de Suisses. La philosophie et la théologie étaient enseignées à l'école conventuelle. Un internat fut ouvert en 1902 pour les jeunes gens se destinant à l'enseignement. Beaucoup de pères remplissaient des tâches pastorales. Ils jouissaient d'une grande considération auprès de la population et des autorités et furent honorés plus d'une fois. Après la cession du Tyrol du Sud à l'Italie en 1919, l'internat fut fermé définitivement en 1923 par le gouvernement fasciste. Alors qu'ils n'avaient guère ressenti les effets de la Première Guerre mondiale, l'abbé et sa communauté durent faire front à plus d'une vexation de la part des fascistes et des nationaux-socialistes. Durant cette période, le noviciat fut déplacé à Sarnen. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, M.-Gries fut épargné par les attaques aériennes.

N'ayant jamais cessé d'appartenir à la congrégation suisse des bénédictins, l'institution garda aussi des liens avec son pays d'origine grâce à la présence d'une partie des pères à Sarnen, grâce aux tâches pastorales accomplies dans diverses paroisses du Freiamt et à l'ouverture de l'hospice des bénédictins à M. en 1957. En 1941, le canton d'Argovie remit l'église conventuelle et le fonds de construction à la paroisse de M., qui s'attela à la restauration de l'église et du cloître avec le soutien financier de l'Etat. Une rénovation générale des bâtiments du couvent est en cours depuis 1966, le ravalement de l'extérieur s'est achevé en 1997. La chapelle Notre-Dame-de-Lorette dans le cloître sert depuis 1971 de crypte à la famille de Habsbourg. On y a placé notamment les cœurs du dernier empereur d'Autriche et de sa femme.

<b>Muri (couvent)</b><br>L'abbaye de Muri et l'église paroissiale Saint-Goar, vus du sud-est. Gravure sur cuivre réalisée en 1615 par  Johann Caspar Winterlin (Zentralbibliothek Zürich, Graphische Sammlung und Fotoarchiv).<BR/>Les saints patrons (Martin et Benoît) sont représentés en bas à gauche, avec les armoiries de l'abbaye, de l'abbé et de la communauté. Winterlin, moine à Muri depuis 1596, a représenté l'aspect des bâtiments au bas Moyen Age, avant les travaux de 1684. Le territoire de l'abbaye (communs, jardins, prairies) se trouve à l'intérieur d'une enceinte. Tout à gauche de l'image, on voit l'église Saint-Goar (architecture du gothique tardif).<BR/>
L'abbaye de Muri et l'église paroissiale Saint-Goar, vus du sud-est. Gravure sur cuivre réalisée en 1615 par Johann Caspar Winterlin (Zentralbibliothek Zürich, Graphische Sammlung und Fotoarchiv).
(...)


Bibliographie
MAH AG, 5, 1967, 188-452
HS, III/1, 896-952
Memorial Muri 1841, 1991
Germania Benedictina, 3, 2e partie, 2001

Auteur(e): Anton Kottmann / FP