17/07/2007 | communication | PDF | imprimer

Granges (SO)

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Comm. SO, chef-lieu du distr. de Lebern. Deuxième ville du canton, cité industrielle (horlogerie et sous-traitants). La commune s'étend de la plaine de l'Aar (Witi, 430 m) aux premières crêtes du Jura (Oberer Grenchenberg, 1348 m) et comprend les bains de Bachtelen. 1131 Granechun, all. Grenchen. 754 hab. en 1796, 1581 en 1850, 5202 en 1900, 10 397 en 1930, 12 650 en 1950, 18 000 en 1960, 20 051 en 1970, 16 800 en 1980, 15 938 en 2000.

Grande pierre à cupules du Néolithique au Breitholz, outils et armes du Bronze au Hinzihöfli, villa romaine et tombes burgondes avec boucles de ceinture à l'Eichholz. Appartenant au royaume de Bourgogne vers 500, G. faisait partie du diocèse de Lausanne et fut le berceau des barons de G., auxquels il appartint au XIIe s., après avoir relevé au XIe s. de leurs parents les comtes de Fenis (fondateurs de l'église, avant 1100). Les droits passèrent au milieu du XIIe s. aux barons de Strassberg (branche des Neuchâtel-Nidau, résidant à Büren an der Aare), qui les engagèrent en 1345 à la ville de Soleure. Acquis par les Habsbourg en 1379, G. fut possession commune de Berne et Soleure après la victoire de ces villes sur la noblesse locale (1388), puis de Soleure seule (1393), qui en fit une juridiction dans le bailliage de Lebern, Berne gardant le patronage jusqu'en 1539. On découvrit en 1864, dans l'église de pèlerinage de Tous-les-Saints (chapelle du XVIe s., agrandie en 1683), la Madone de Soleure, de Hans Holbein le Jeune (1522). L'église paroissiale catholique date de 1806-1812, l'église catholique-chrétienne de 1901. La paroisse protestante fut fondée en 1860.

Un moulin est attesté en 1185; cinq étaient en fonction au XVIIIe s. Au XVIIe s., on extrayait de l'albâtre dans un gisement de gypse. Une tannerie ouvrit en 1763, une fabrique de poêles en 1799. La production de fonte à partir de pisolithes (après 1700) fut abandonnée après quelques années seulement, pour éviter la déforestation des flancs du Jura. L'exploitation de la terre réfractaire, dite Huppererde (argile blanche utilisée dans la fabrication de creusets et de poêles), est attestée à la frontière avec Lengnau (BE) dès 1776 (une entreprise spécialisée fondée en 1887 a cessé ses activités à la fin des années 1940). Il existait en outre deux scieries (documentées dès le XVe s.), une salpêtrerie (dès 1555), des fabriques de ciment (dès 1830) et une tuilerie (1833-1921). En 1768, la population se composait de 67 laboureurs, 105 petits paysans, 162 Tauner, 28 habitants (Hintersassen) et 17 pauvres. La bourgeoisie était régie par les règlements de 1752 et 1795, qui fixaient les finances d'entrée.

A l'époque de la Régénération, les gens de G. furent particulièrement favorables aux nouvelles idées radicales, comme le montrent leur forte participation à l'assemblée populaire de Balsthal (1830) qui prépara l'avènement de la démocratie dans le canton et l'asile offert en 1835-1837 à des radicaux étrangers poursuivis dans leur patrie, comme Karl Mathy et Giuseppe Mazzini. Une route moderne pour Soleure fut ouverte en 1839.

L'agriculture domina jusqu'au milieu du XIXe s. Des travaux d'assèchement et de drainage entrepris dès 1878 et surtout lors du remaniement parcellaire de 1921-1926 (avec corrections des cours d'eau dès 1920) permirent de gagner des terres arables, mais firent disparaître une partie de la zone naturelle de Witi. Venue de Suisse romande, l'horlogerie prit pied en 1851; utilisant l'énergie hydraulique du ruisseau du village, de nombreux petits ateliers d'ébauches et de finissage furent créés dans les années suivantes. La commune se mit à encourager la formation professionnelle à l'échelon local, en dépit de l'absence initiale de soutien cantonal. L'ouverture de la voie ferrée pour Bellach en 1857 favorisa l'industrialisation naissante de G., qui connut un essor démographique notable (+60% de 1850 à 1870). L'horlogerie poursuivit son expansion jusque vers 1900, de nouvelles fabriques apparaissant régulièrement, tandis que se développaient diverses industries annexes. Face aux mutations économiques et démographiques, il fallut partager les biens communaux, en 1877, entre communes politique et bourgeoisiale.

Avec le percement du tunnel ferroviaire du Grenchenberg (1915), G. fut raccordé à la grande transversale nord-sud France-Bâle-Berne-Lötschberg-Simplon-Italie. Cette ligne traverse G. par un viaduc montant vers le Jura, élément fort du paysage; avec celle de Bienne-Soleure, elle a partagé la localité en quatre.

Entre les deux brèves crises de 1914 et 1918 (grève générale), on compte au moins dix-neuf fondations d'entreprises. Industrie d'exportation, l'horlogerie est sensible à la conjoncture internationale. Les dépressions de 1921-1923 et 1929-1933 se traduisirent par un chômage massif. La production en série de montres automatiques commença en 1926.

L'aérodrome régional (1931) et ses ateliers de construction relancèrent l'activité. Après la Deuxième Guerre mondiale, G. devint un centre régional pour le district de Lebern et pour le Seeland bernois voisin, grâce à son hôpital (1953), à son centre culturel du Parktheater (1955), au bâtiment scolaire du Halden. La ville est connue pour sa Triennale internationale de l'art graphique. L'immigration massive de la période de haute conjoncture cessa lors de la crise économique des années 1970. Les nombreuses restructurations et les licenciements dans l'horlogerie et dans le secteur secondaire en général provoquèrent alors une diminution de la population. L'arrivée de nouvelles firmes dans les années 1990 mit un frein à ce déclin.


Bibliographie
– W. Strub, Heimatbuch Grenchen, 1949
– H. Kaufmann, P. Zurschmiede, Grenchen, 1974
– S. Moser Schmidt, E. Leimer, Der Beginn der Uhrenindustrie in Grenchen und Bettlach, 2001

Auteur(e): Urs Zurschmiede / PM