• <b>Réveil</b><br><I>Madame K***, la prophète malheureuse</I>. Xylographie anonyme de 1817 (Staatsarchiv Basel-Stadt, BILD Visch. F 40). Madame K***, Barbara Juliane von Krüdener, harangue ses fidèles et quelques curieux en 1817 au Hörnli près de Grenzach, à la frontière de Bâle avec le grand-duché de Bade. La mystique russe s'était fait connaître dans toute l'Europe et, dès 1815, elle est active à Bâle et en Suisse. Elle fut expulsée de plusieurs cantons et retourna en Russie en 1818.

Réveil

Le terme de Réveil désigne l'ensemble des efforts qui visèrent à rénover pour des motifs religieux le protestantisme en Europe et en Amérique du Nord au cours des XVIIIe et XIXe s. La Suisse prit pour modèles les mouvements du Réveil des pays anglo-saxons, apparus plus tôt et plus importants. On considère, de manière générale, que ce courant fait partie du processus de modernisation de la société au début du XIXe s.

<b>Réveil</b><br><I>Madame K***, la prophète malheureuse</I>. Xylographie anonyme de 1817 (Staatsarchiv Basel-Stadt, BILD Visch. F 40).<BR/>Madame K***, Barbara Juliane von Krüdener, harangue ses fidèles et quelques curieux en 1817 au Hörnli près de Grenzach, à la frontière de Bâle avec le grand-duché de Bade. La mystique russe s'était fait connaître dans toute l'Europe et, dès 1815, elle est active à Bâle et en Suisse. Elle fut expulsée de plusieurs cantons et retourna en Russie en 1818.<BR/>
Madame K***, la prophète malheureuse. Xylographie anonyme de 1817 (Staatsarchiv Basel-Stadt, BILD Visch. F 40).
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Deux centres, Bâle et Genève, se développèrent en Suisse. La Deutsche Christentumsgesellschaft (société chrétienne allemande), fondée à Bâle en 1780 sur les modèles anglais et suédois, visait à combattre la théologie rationaliste des Lumières en mettant l'accent sur les doctrines traditionnelles. De Bâle, elle constitua un réseau international composé de personnalités et de petits cercles qui favorisaient les échanges privés et la distribution d'ouvrages spécifiques. Au tournant du siècle, elle donna naissance à de nombreuses organisations missionnaires, pédagogiques et caritatives, comme la Société pour la diffusion d'écrits d'édification en 1802, la Société biblique en 1804, la Mission de Bâle en 1815 et la Communauté de Chrischona en 1840. De nombreuses institutions sociales, inspirées par le Réveil, virent également le jour, comme l'école de Beuggen (Bade) en 1820 et l'institut bâlois pour sourds-muets en 1833. On créa à l'université de Bâle une chaire de théologie, dont le premier détenteur fut Johann Tobias Beck. Ces entreprises chrétiennes furent principalement soutenues par le patriciat bâlois, ouvert sur le monde, et par des sociétés extérieures, ce qui contribua à élargir l'horizon du protestantisme, traditionnellement centré sur le canton. Après 1850, l'aile conservatrice naissante de l'Eglise reprit certaines idées du Réveil.

Le Réveil à Genève fut créé par de jeunes théologiens emmenés par Ami Bost. Ils se réclamaient des traditions des frères moraves et s'efforcèrent, dès 1810 environ, de trouver une alternative au rationalisme dominant dans l'Eglise et à l'académie - parfois en relation étroite avec la loge maçonnique l'Union des cœurs. Barbara Juliane de Krüdener les soutint, mais ce fut la rencontre avec les évangélistes britanniques Richard Wilcox, Robert Haldane et Henry Drummond qui provoqua la dissidence et la création de paroisses distinctes. César Malan en fut l'un des artisans. Drummond engageait des théologiens, qui ne trouvaient plus d'emploi à Genève en raison de leur opposition à l'Eglise officielle, dans la Société pour l'évangélisation du continent européen, en voie de création. En fondant à Genève la Société évangélique (1831), le Réveil put compter sur une assise sociale beaucoup plus large (Sociétés évangéliques). Parmi les membres fondateurs figuraient Antoine Jean-Louis Galland et Louis Gaussen, deux théologiens engagés depuis vingt ans dans le mouvement du Réveil, ainsi que des élites bourgeoises de Genève, qui assuraient la base financière. La société se donna pour tâches principales d'organiser et de financer des campagnes d'évangélisation en France, ainsi que de créer et d'entretenir une école de prédication à Genève. Celle-ci, fondée en 1832, professait les principes fondamentaux de l'orthodoxie chrétienne en s'opposant ouvertement au libéralisme. En 1849, les paroisses séparatistes se regroupèrent pour former l'Eglise évangélique libre de Genève (Eglises libres). L'Etat de Genève n'intervint pas dans les conflits ecclésiastiques et permit au Réveil de se développer librement.

Le Réveil de Genève donna des impulsions déterminantes qui touchèrent non seulement les Eglises protestantes des cantons voisins, mais aussi la France et, dans une moindre mesure, les Pays-Bas et la Grande-Bretagne (Eglises évangéliques réformées). Galland apporta le Réveil à Berne, où il était diacre de l'Eglise française (1816-1824). Comme à Genève, une Société évangélique y fut créée en 1831. Désapprouvant le séparatisme, celle-ci se consacra d'une part à des œuvres caritatives et d'autre part à l'enseignement chrétien et à la formation des maîtres. Le Réveil influença également l'établissement dans le canton de Neuchâtel d'une Eglise indépendante de l'Etat se réclamant du calvinisme (1873-1943) et d'une Eglise libre dans le canton de Vaud (1845-1966).

Plusieurs parallèles existent entre les mouvements bâlois et genevois, notamment en ce qui concerne le fondement théologique, la motivation, les champs d'activité, l'ancrage social et l'évolution. L'exemple de l'évangélisme britannique fut aussi fondamental pour l'un que pour l'autre. Le mouvement du Réveil est plus important que ce que laissent apercevoir les activités de ses membres sur le plan organisationnel. Cependant les recherches à ce sujet sont encore lacunaires.


Bibliographie
– R. Dellsperger et al., Auf dein Wort, 1981
– R. Pfister, Kirchengeschichte der Schweiz, 3, 1984, 171-259
– H. Hauzenberger, Basel und die Bibel, 1996
– U. Gäbler, éd., Der Pietismus im neunzehnten und zwanzigsten Jahrhundert, 2000, 25-84

Auteur(e): Ulrich Gäbler / MBA