• <b>Chroniques illustrées</b><br>Diebold Schilling à son pupitre, tel que l'a représenté le dessinateur dans le troisième volume de <I>l'Amtliche Berner Chronik</I>  en 1483 (Bibliothèque de la Bourgeoisie de Berne, Mss.h.h.I.3, p. 7). Le chroniqueur est identifié par ses armoiries, dessinées à droite. Le portrait, symbolique, insiste plus sur le statut social élevé de Schilling que sur l'aspect réel des traits de son visage: les livres, l'élégance du décor, le chien (attribut de distinction) et la présence d'un aide mettent en évidence sa qualité de savant influent.
  • <b>Chroniques illustrées</b><br>Inondation et naufrage en 1570 sur le lac de Walenstadt, dessin à la plume aquarellé tiré de l'un des vingt-quatre volumes manuscrits réunis par  Johann Jakob Wick (Zentralbibliothek Zürich, Handschriftenabteilung, Wickiana, Ms. F 19, fol. 3v). Le chanoine zurichois n'a jamais prétendu écrire une chronique systématique, dans le sens de celles des Schilling par exemple, mais sa compilation de documents renseigne l'historien sur maints événements de l'histoire européenne du XVI<SUP>e</SUP> siècle. Entre 1560 et 1587, Wick a récolté un matériel hétérogène (lettres, imprimés, xylographies, feuilles volantes, etc.) qu'il insérait dans son journal manuscrit où il notait scrupuleusement les événements politiques et religieux, ainsi que les faits divers, souvent illustrés par des aquarelles.

Chroniques illustrées

Les chroniques illustrées suisses sont un groupe de manuscrits des XVe-XVIe s., sur papier ou sur parchemin, agrémentés de nombreuses illustrations (jusqu'à plusieurs centaines), ce qui est inhabituel pour les chroniques manuscrites de cette époque (Histoire).

La série débute avec la chronique de Berne (1470) de Benedikt Tschachtlan et Heinrich Dittlinger. Elle se poursuit par les trois volumes monumentaux de la chronique officielle (1483) de Diebold Schilling le Vieux, à qui l'on doit en outre la chronique de Spiez en un volume (1484, exécutée pour un particulier) et une histoire des guerres de Bourgogne (1486) dont Gerold Edlibach s'inspira pour sa chronique de Zurich (réalisée en 1485-1486; il en existe aussi une copie illustrée de 1506). Si Werner Schodoler, de Bremgarten, prit le "Schilling de Berne" pour modèle (1514-1515), Diebold Schilling le Jeune réalisa indépendamment de son oncle sa chronique de Lucerne (1511-1513). Le genre jette ses derniers feux avec la compilation de Christoph Silberysen (1576), abbé de Wettingen, et les Wickiana ( 1559-1587) du chanoine de Zurich Johann Jakob Wick, considérées comme une chronique par ses contemporains.

<b>Chroniques illustrées</b><br>Diebold Schilling à son pupitre, tel que l'a représenté le dessinateur dans le troisième volume de <I>l'Amtliche Berner Chronik</I>  en 1483 (Bibliothèque de la Bourgeoisie de Berne, Mss.h.h.I.3, p. 7).<BR/>Le chroniqueur est identifié par ses armoiries, dessinées à droite. Le portrait, symbolique, insiste plus sur le statut social élevé de Schilling que sur l'aspect réel des traits de son visage: les livres, l'élégance du décor, le chien (attribut de distinction) et la présence d'un aide mettent en évidence sa qualité de savant influent.<BR/>
Diebold Schilling à son pupitre, tel que l'a représenté le dessinateur dans le troisième volume de l'Amtliche Berner Chronik en 1483 (Bibliothèque de la Bourgeoisie de Berne, Mss.h.h.I.3, p. 7).
(...)

Les images, de différents formats, consistent généralement en dessins à la plume et au lavis, avec une bordure, ou exceptionnellement (Schilling de Lucerne) en miniatures à la gouache; leur contenu est déterminé par le texte, sauf pour quelques images allégoriques. Parfois les illustrations se succèdent à un rythme soutenu et racontent une histoire suivie, à la manière des bandes dessinées modernes.

Cette production particulière, concentrée dans les principales villes alémaniques, s'explique par la soif d'images profanes du bas Moyen Age et par l'idée que les élites dirigeant ces villes, dont la puissance militaire et politique s'affirmait, avaient commencé à se faire d'elles-mêmes. D'abord locale, cette prise de conscience s'étendit peu à peu à l'ensemble de la Confédération après les guerres de Bourgogne. Ce phénomène ressort certes du texte des chroniques, qui présente les événements selon un ordre chronologique, sans toujours exclure, comme dans la tradition historiographique médiévale, le recours au merveilleux ou au mythe, mais apparaît plus encore dans les illustrations, qui peuvent sembler monotones, mais frappent par le caractère contemporain des sujets. Ces images constituent une source inépuisable pour illustrer les guerres, la vie politique, la diplomatie, l'histoire du droit et des mentalités, les objets de la vie quotidienne, la topographie et l'héraldique. Toutefois, il ne faut pas voir dans les images parfois crues de ces manuscrits imposants, qui traduisent un goût indéniable pour la violence et l'horreur, un reflet de la dureté des mœurs paysannes, mais plutôt un témoignage de l'état d'esprit des notables des villes, à qui elles étaient destinées. Ces chroniques ne furent jamais diffusées à large échelle, parce que leurs commanditaires, qui les choyaient comme des trésors d'Etat, ne voulurent pas recourir aux moyens de communication modernes, tels l'imprimerie et les feuilles volantes (alors que la chronique fédérale de Petermann Etterlin fut imprimée en 1507).

<b>Chroniques illustrées</b><br>Inondation et naufrage en 1570 sur le lac de Walenstadt, dessin à la plume aquarellé tiré de l'un des vingt-quatre volumes manuscrits réunis par  Johann Jakob Wick (Zentralbibliothek Zürich, Handschriftenabteilung, Wickiana, Ms. F 19, fol. 3v).<BR/>Le chanoine zurichois n'a jamais prétendu écrire une chronique systématique, dans le sens de celles des Schilling par exemple, mais sa compilation de documents renseigne l'historien sur maints événements de l'histoire européenne du XVI<SUP>e</SUP> siècle. Entre 1560 et 1587, Wick a récolté un matériel hétérogène (lettres, imprimés, xylographies, feuilles volantes, etc.) qu'il insérait dans son journal manuscrit où il notait scrupuleusement les événements politiques et religieux, ainsi que les faits divers, souvent illustrés par des aquarelles.<BR/>
Inondation et naufrage en 1570 sur le lac de Walenstadt, dessin à la plume aquarellé tiré de l'un des vingt-quatre volumes manuscrits réunis par Johann Jakob Wick (Zentralbibliothek Zürich, Handschriftenabteilung, Wickiana, Ms. F 19, fol. 3v).
(...)

La question des illustrateurs n'est pas encore élucidée. Des études récentes portant sur un examen comparatif des différentes mains montrent que les illustrations ne furent probablement pas réalisées par les chroniqueurs eux-mêmes, contrairement à ce qu'on a pu croire. Schilling de Lucerne (main principale), Edlibach et Silberysen pourraient constituer des exceptions, mais rien n'est vraiment sûr. Il s'agit en général d'artistes plus ou moins doués, mais professionnels, dont l'origine, la formation et l'activité font encore l'objet de nombreuses conjectures.


Bibliographie
– J. Zemp, Die schweizerischen Bilderchroniken und ihre Architektur-Darstellungen, 1897
– W. Muschg, E.A. Gessler, Die Schweizer Bilderchroniken des 15./16. Jahrhunderts, 1941
– J.-P. Bodmer, Chroniken und Chronisten im Spätmittelalter, 1976
– Feller/Bonjour, Geschichtsschreibung
– C. Pfaff, Die Welt der Schweizer Bilderchroniken, 1991 (avec bibliogr. et liste des éd. en fac-similé)

Auteur(e): Carl Pfaff / UG