30/09/2004 | communication | PDF | imprimer

Biberist

Comm. SO, distr. du Wasseramt. De caractère industriel, elle se situe entre l'Emme et l'Aar, au sud de Soleure. Les deux villages d'Oberbiberist et d'Unterbiberist décidèrent en 1857 de se réunir en une seule commune. Sous l'Helvétique, B. fut le chef-lieu du district du même nom. 762 Biberussa; 1300 ze beiden Biberschon. Env. 450 hab. en 1700, 693 en 1798, 1071 en 1850, 2871 en 1900, 5283 en 1950, 7769 en 1970, 7413 en 1990, 7603 en 2000.

Vestiges néolithiques à l'Altisberg; trouvailles isolées du Bronze. Sur une terrasse de gravier dominant l'Aar au sud de Soleure, une importante villa s'élevait à proximité de la route reliant Aventicum à Salodurum; des fouilles entreprises avant la construction de l'autoroute A5 dans la pars rustica ont révélé des ateliers, un dépôt de grains, un mur d'enceinte et sa porte, des menus objets du Ier au IIIe s. Au haut Moyen Age, les ruines de cet établissement servirent occasionnellement de lieu de sépulture. Non loin de là, on a retrouvé un petit cimetière du VIIe s. recelant un riche mobilier funéraire. Dans ce même secteur se trouvaient la localité de Gutzwil ou Gutzel, mentionnée dès 1300, probablement abandonnée ou détruite au XIVe s., mais dont une dîme garda le nom jusqu'au XVIIIe s., ainsi qu'un gibet de la ville de Soleure, au Hunnenberg (vers 1500).

Udalricus de Bibirusa, descendant d'une lignée de noblesse locale attestée dès le XIe s., fit don au couvent d'Einsiedeln en 1004 (?) d'un bien sis à Walliswil. Au Berghubel sur l'Altisberg, un château fort (de 1100 environ) est peut-être à mettre en rapport avec cette maison, dont on ne rencontre pas d'autre membre avant 1251. Les vastes terres qu'elle possédait aux alentours de Soleure passèrent, après son extinction au milieu du XIVe s., à des familles soleuroises (entre autres les Durrach et les Stein). Non moins riches étaient les Spiegelberg, dont le domaine du Bleichenberg -- tôt colonisé et mentionné comme village au XIVe s., puis plus tard comme centre d'une seigneurie -- fut acquis vers 1500 par les von Roll, lesquels y édifièrent deux manoirs aux XVIIe et XVIIIe s. B. fut l'une des cours de justice du landgraviat de Bourgogne. Le chapitre de Saint-Ours de Soleure, dont les comtes de Buchegg étaient les avoués, possédait la basse justice, ainsi que des serfs, à B. Vers 1370, la basse justice passa à la ville de Soleure, tandis qu'en 1377 Heinrich Bumann d'Olten reprenait à son compte le patronage, que ses héritiers devaient rétrocéder en 1400 au chapitre de Saint-Ours. En 1516, Soleure obtint de Berne la haute justice en échange de serfs.

Notre-Dame, une des plus anciennes églises rurales de Suisse, ainsi que sa dîme, furent données en 762 au couvent d'Ettenheimmünster (haut Rhin) par l'évêque de Strasbourg. Il fallut la déplacer en 1470, probablement à la suite d'une grave inondation; elle fut reconstruite au XVIIIe s., puis en 1845. Le chapitre de Saint-Ours, jusqu'à sa suppression en 1874, lui fournit un prêtre, qui n'habita la cure qu'à partir de 1683. La paroisse comprenait également les villages de Lohn et d'Ammannsegg. L'afflux massif de travailleurs en provenance de pays protestants dans les quartiers industriels des bords de l'Emme amena la création de la paroisse protestante de B.-Gerlafingen en 1898.

Jusqu'au rachat des dîmes au XIXe s., l'économie de B. fut dominée par un système compliqué d'assolement triennal, aux soles fortement structurées; le décimateur était le chapitre de Saint-Ours, qui percevait également toutes sortes de cens fonciers. Emmeschachen était un village de Tauner. Le moulin du Biberntalbach fut exploité du XVe s. à 1902. Un canal dérivé de l'Emme actionna un moulin à huile dès 1747, une scie dès 1757 et la poudrerie d'Etat dès 1776, laquelle explosa en 1805, fut reconstruite et exploitée jusqu'en 1845. La première entreprise industrielle fut une parqueterie construite vers 1852 dans le vieux quartier artisanal au bord du Sägebach. Peu de temps auparavant, des entrepreneurs de Soleure avaient fondé des fabriques aux portes de leur ville, sur le territoire de B.: une brasserie, puis, vers 1830, la fabrique de tabacs et cigares Kottmann. Grâce à une concession de l'Etat, la firme zurichoise Locher & Cie put construire à partir de 1861 le canal industriel de la rive droite de l'Emme et son important barrage à proximité de B. Outre des manufactures à Derendingen et Luterbach, cette même entreprise de construction édifia, à la demande d'une société par actions nouvellement créée, la papeterie de Biberist, dont le capital provenait essentiellement de familles zurichoises (Biber). L'exploitation de la fabrique, équipée par Escher, Wyss & Cie, commença en 1865. Dès la fin du XIXe s., le nombre d'usines et d'entreprises de services s'accrut rapidement en raison de l'afflux de nouveaux habitants et de la situation favorable de B. sur le plan des communications. On vit naître une bonne douzaine d'auberges, de maisons de commerce et d'ateliers autour de ses carrefours. Avec ses établissements de sous-traitance horlogère (depuis 1890), ses entreprises du bâtiment, une coopérative de consommation et de nombreux cabinets médicaux, B. devint le centre régional secondaire de la région de Soleure. Jusqu'à la construction d'un premier pont vers 1750, la route de Soleure à Berthoud traversait l'Emme au gué de B. Soumis à péage, le pont fut également le lieu où se percevaient les droits de flottage sur les trains de bois en provenance de l'Emmental. En 1858, il fut repris par l'Etat, qui le reconstruisit en 1862 et 1956. Depuis 1891, une passerelle pour piétons permet de surcroît aux ouvriers des ateliers métallurgiques von Roll de se rendre de B. à Gerlafingen. La route de Soleure à Berne fut améliorée dès 1730; il en subsiste d'importants vestiges à proximité du Buchrain; son pavage a été déclaré monument d'intérêt national. Une première liaison ferroviaire sous la forme d'un tramway hippomobile relia B. à Derendingen, tandis que la gare de la ligne de l'Emmental s'ouvrait en 1872 (EBT en 1942, Regionalverkehr Mittelland depuis 1997), suivie en 1916 du raccordement à la ligne Soleure-Berne.

La croissance démographique amorcée dans les années 1860 s'accentua dès 1890 lorsque plusieurs entreprises industrielles s'agrandirent. Au cours de la première moitié du XXe s., l'offre d'emplois s'accrut et se diversifia grâce à l'arrivée de nouvelles industries (imprimerie, bicyclettes, installations électriques, fabrication de vis). D'autres branches encore s'installèrent dès les années 1950 dans les zones commerciales et industrielles: commerce et entretien d'automobiles, électronique, constructions métalliques, ateliers mécaniques. En 1990, B. comptait quelque 250 entreprises inscrites au registre du commerce, tandis que l'agriculture était représentée en 1988 par 30 exploitations travaillant 290 ha de terres labourables et 205 ha de prairies (remaniements parcellaires en 1940 aux alentours du village, en 1991 dans le secteur de l'autoroute A5). Ouvert en 1924, le pénitencier cantonal d'Oberschöngrün est l'exploitant agricole le plus important de la commune. B. comptait en 1990 3495 emplois dont 2058 étaient occupés par des navetteurs, tandis que 2298 personnes travaillent hors de la commune. Le secteur secondaire offrait à cette date 56% des emplois (71% en 1980) et le tertiaire 40% (26% en 1980). L'électricité est arrivée à B. en 1900, le vaste système d'alimentation en eau date de 1923, l'usine de Soleure fournit le gaz depuis 1929. Au XXe s., des quartiers résidentiels et artisanaux séparés ont vu le jour entre le village et Soleure, en même temps que se développaient de nouvelles banlieues et des maisons isolées.


Bibliographie
– P. Kaiser et al., Biberist: Dorf an der Emme, 1993
– R.M. Kully, Solothurnische Ortsnamen, 2003, 200-205

Auteur(e): Peter Kaiser / WW