26/03/2009 | communication | PDF | imprimer

Codex Manesse

D'après le témoignage du poète Johannes Hadlaub, le conseiller zurichois Rüdiger II Manesse et son fils Johannes commencèrent à la fin du XIIIe s. à réunir un vaste recueil de poésies courtoises. Il en résulta le luxueux manuscrit partiellement publié pour la première fois sous le titre de Codex Manesse par Johann Jakob Bodmer en 1748. Les 140 recueils individuels qui le composent ont vu le jour entre le milieu du XIIe s. et 1300 environ. Le plus volumineux est celui de Walther von der Vogelweide. Conservé aujourd'hui à la bibliothèque universitaire de Heidelberg, le codex porte également le titre de Grosse Heidelberger Liederhandschrift.

Le manuscrit est populaire en raison de ses 137 miniatures gothiques, qui idéalisent les poètes dans leurs activités chevaleresques et courtoises ( Enluminure). Mais le texte est non moins important: plus de la moitié des quelque 6000 strophes ne sont connues que grâce à ce manuscrit. Si l'essentiel est composé de chants d'amour courtois (Minnesang) de diverses formes, des textes moraux, didactiques, spirituels ou politiques apparaissent aussi. La rédaction connut plusieurs étapes. Le noyau du manuscrit est formé des œuvres de 110 auteurs dont les textes ont été copiés en 1300 ou dans les années qui suivent. Ce n'est qu'après la mort de Rüdiger II Manesse qu'on ajouta (jusqu'en 1330/1340, éventuellement jusqu'à la révolution de Rudolf Brun en 1336) les œuvres de trente autres poètes. On ignore qui mena ce travail complémentaire.

En dépit de la complexité de sa genèse, le Codex Manesse a été conçu selon un plan. D'un côté, les poètes sont ordonnés hiérarchiquement: d'abord l'empereur Henri VI de Hohenstaufen et son petit-fils Conrad IV, puis les rois, ducs, comtes et barons et enfin les poètes n'appartenant pas à la noblesse, la majorité. D'autre part, les nombreuses pages blanches distribuées dans tout le manuscrit démontrent qu'il avait été conçu comme un recueil devant être constamment complété. Ce concept, nouveau dans les recueils de chansons, se retrouve dans le manuscrit de la charte de Zurich de 1304. L'initiative d'un travail préparatoire daté de 1301/1304 revint sans doute à Rüdiger II Manesse et la main est identique à celle qui copia dans le Codex Manesse les quelque 240 strophes du corpus de Hadlaub. Ainsi se trouvent résolus les anciens doutes concernant le mandant du codex, le lieu et l'époque de la rédaction du recueil.


Bibliographie
– W. Koschorreck, W. Werner, éd., Codex Manesse: die Grosse Heidelberger Liederhandschrift, 1975-1981
– M.V. Molinari, éd., Minnesänger: Codex Manesse, 1983
Codex Manesse, cat. expo. Heidelberg, 1988
Die Manessische Liederhandschrift in Zürich, cat. expo. Zurich, 1991
– R. Gamper, «Der Zürcher Richtebrief von 1301/04», in Alte und Neue Schätze, éd. A. Cattani et al., 1993, 18-21, 147-151
– M. Schiendorfer, «Politik mit anderen Mitteln», in ZTb, 114, 1994, 1-28
– F.-J. Holznagel, Wege in die Schriftlichkeit, 1995, 21-120, 140-280

Auteur(e): Max Schiendorfer / WW