• <b>Photographie</b><br>Autoportrait vers 1851 par  Adrien Constant,  daguerréotype stéréoscopique colorisé (Musée historique de Lausanne). L'image était captée par une plaque métallique argentée soumise aux vapeurs d'iode, puis développée grâce aux vapeurs de mercure. Les premiers essais de stéréoscopie, pour donner à l'image du relief, datent de 1850.
  • <b>Photographie</b><br>André Schmid dans son atelier lausannois en 1861, plaque au collodion (Musée historique de Lausanne). Comme la plupart de ses contemporains, le photographe utilise la technique du négatif au collodion humide sur plaque de verre, qu'il double en général d'une épreuve positive sur papier à l'albumine.
  • <b>Photographie</b><br>Couverture de la revue <I>Camera</I>, décembre 1929 (Bibliothèque nationale suisse). De 1922 à 1981, cette revue mensuelle, éditée à Lucerne, eut une diffusion européenne et traita de toutes les tendances du travail photographique: du reportage à la photographie d'art, de la tradition à l'avant-garde.
  • <b>Photographie</b><br>Page de titre du premier numéro du <I>Zürcher Illustrierte</I>, 20 juillet 1925 (Bibliothèque nationale suisse). Une photographie d'Anton Krenn illustre la première page de l'hebdomadaire représentant une vue d'ensemble de la fête fédérale de gymnastique de Genève.

Photographie

Jusqu'à l'arrivée du numérique, la photographie consistait à enregistrer des images sur un support rendu sensible à la lumière au moyen de systèmes optiques et à les rendre ensuite visibles et stables en les développant et en les fixant chimiquement. Les Français Nicéphore Niépce (1765-1833) et Louis Jacques Mandé Daguerre (1787-1851) réussirent à mettre au point un matériau photosensible permettant de fixer des images obtenues en utilisant une chambre noire. A l'instigation du physicien François Arago, le procédé de Daguerre fut racheté en 1839 par l'Etat français. En 1840, le physicien britannique William Henry Fox Talbot (1800-1877) parvint à produire un négatif sur papier, dont on pouvait tirer plusieurs copies. Cette nouvelle technique, la calotypie, remplaça rapidement, en Suisse aussi, les daguerréotypes, images uniques sur plaques métalliques.

1 - Débuts suisses

Andreas-Friedrich Gerber, professeur de médecine humaine et vétérinaire à Berne, avait déjà réussi en 1836 à obtenir des images à l'aide d'une chambre noire. Le Saint-Gallois Johann Baptist Isenring fut le premier Suisse à commander un appareil à Daguerre, pour prendre des vues de villes et des portraits; il organisa en 1840 dans son atelier une première exposition de trente-huit portraits. Il inventa aussi une technique de coloriage qu'il fit breveter en Amérique. Carl Durheim, propriétaire d'un atelier de lithographie entre 1835 et 1837, fut le premier photographe établi à Berne (1846). Il réalisa des vues des Alpes suisses et exécuta pour la police des portraits de personnes recherchées. Jakob Höflinger, qui s'imposera comme documentariste et portraitiste, ouvrit un studio à Bâle en 1857. Le lithographe et éditeur Johannes Ganz fit de même à Zurich en 1859. Dans les foires, on rencontrait de plus en plus de photographes ambulants.

<b>Photographie</b><br>Autoportrait vers 1851 par  Adrien Constant,  daguerréotype stéréoscopique colorisé (Musée historique de Lausanne).<BR/>L'image était captée par une plaque métallique argentée soumise aux vapeurs d'iode, puis développée grâce aux vapeurs de mercure. Les premiers essais de stéréoscopie, pour donner à l'image du relief, datent de 1850.<BR/>
Autoportrait vers 1851 par Adrien Constant, daguerréotype stéréoscopique colorisé (Musée historique de Lausanne).
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A Genève, Jean-Gabriel Eynard, banquier et diplomate, s'occupa de daguerréotypie dès les années 1840. On connaît aujourd'hui près de 150 images remarquablement composées représentant sa famille et ses demeures. Un autre Genevois, Auguste Garcin, a laissé des vues admirables de paysages et de villes. Dans le canton de Vaud, Adrien Constant développa à partir des années 1840 diverses techniques nouvelles. Marc Secretan publia en 1842 un Traité de photographie qui fit référence.

En Suisse italienne, les photographes les plus significatifs furent Antonio Rossi, qui ouvrit un cabinet de daguerréotypie à Locarno en 1841, Angelo Monotti, qui réalisa les premières vues panoramiques dans le canton du Tessin, et Grato Brunel qui dirigea avec son frère jumeau Ludovico le premier salon photographique de Lugano, fondé en 1862.

Auteur(e): Walter Binder / FP

2 - Evolution de la profession

En 1886 fut fondée à Berne la première société professionnelle de photographes (auj. Photographes professionnels suisses), dont les buts étaient la réglementation de l'apprentissage, la protection des droits de reproduction et de propriété de l'image et la création de directives tarifaires. Une école préparatoire exista à Zurich entre 1897 et 1903. L'OEuvre admit en son sein des photographes se distinguant par des prestations de qualité.

<b>Photographie</b><br>André Schmid dans son atelier lausannois en 1861, plaque au collodion (Musée historique de Lausanne).<BR/>Comme la plupart de ses contemporains, le photographe utilise la technique du négatif au collodion humide sur plaque de verre, qu'il double en général d'une épreuve positive sur papier à l'albumine.<BR/>
André Schmid dans son atelier lausannois en 1861, plaque au collodion (Musée historique de Lausanne).
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Auteur(e): Walter Binder / FP

3 - Le XIXe siècle: portraits et mises en scène

Le paysage et le portrait étaient les deux genres principaux du nouveau médium. Montés dans des écrins de cuir gaufré, les portraits daguerréotypes, pièces uniques remplaçant les miniatures peintes, étaient de précieux documents-souvenirs (tout en présentant un miroitement que certains considéraient comme un défaut). Les calotypes sur papier venus peu après permettaient déjà l'exécution de plusieurs copies, parfois coloriées. En 1854, le Français André Disdéri inventa le portrait photographique de petit format dit carte de visite: plusieurs images différentes (jusqu'à huit) étaient prises sur une plaque unique, puis découpées et collées sur des cartons de 57x90 mm. Le procédé, peu coûteux et donc accessible à tous, se répandit massivement à travers le monde. En l'espace de quelques années, des ateliers s'ouvrirent en Suisse dans toutes les localités d'une certaine importance, supplantant les photographes ambulants; en 1889, il en existait déjà plus de 200, employant quelque 600 personnes. En 1888, l'industriel américain George Eastman développa l'appareil Kodak Box, équipé d'une pellicule souple en bobine. Cette invention marqua un tournant décisif dans la popularisation de la photographie amateur. Des artistes se mirent à travailler d'après des photographies et les photographes, de leur côté, inventèrent des techniques imitant la peinture. Des manipulations au moyen de lentilles adoucissantes et des procédés d'impression tels que l'oléobromie produisaient un "flou artistique" proche de la manière des impressionnistes. Le recours à des accessoires et à des toiles peintes servant d'arrière-plan fit éclore en plus du portrait classique la photographie de genre, subtilement mise en scène et créatrice d'illusion.

Auteur(e): Walter Binder / FP

4 - Le XXe siècle: reportages, essais, nouvelle photographie

Dans la première moitié du XXe s., on en vint à penser qu'il fallait essayer de montrer l'être humain dans son environnement habituel, car il s'y révélait plus authentiquement. Hermann Stauder (Berner Bauer, 1913) et Paul Senn (Paysans et ouvriers, 1943) incarnèrent cette tendance. Ernst Brunner illustra dans les années 1940 la vie quotidienne dans le monde rural. Les représentations pictorialistes en vogue au tournant du siècle cédèrent peu à peu la place, dans les années 1920, à des photos documentaires délivrant un message. Une série de telles images pouvait constituer une forme de reportage et venir renforcer l'information sur l'actualité. Un nouveau média apparut, le journal illustré, où trouvèrent place des articles de critique politique ou sociale étayés par des photos. Si, au début, les images étaient fournies à la presse par des agences spécialisées, les journaux prirent ensuite de plus en plus régulièrement des photographes directement sous contrat. En Suisse, les premiers reporters étaient souvent des amateurs ou des individus isolés intéressés par les coutumes populaires et qui s'attachaient à une région déterminée, comme Hans Staub, Paul Senn, Theo Frey, Roberto Donetta ou Albert Nyfeler. Le genre du récit de voyage combinant textes et images se diffusa rapidement sous la forme de livres illustrés, d'intérêt géographique ou ethnographique. Les plus remarquables sont ceux de Walter Bosshard, Martin Hürlimann, Ella Maillart et Annemarie Schwarzenbach. Après 1945, des gens comme Emil Schulthess, René Gardi, Henriette Grindat ou Fred Mayer se firent un nom dans ce genre.

Le genre de l'essai photographique, dans lequel un auteur s'efforce d'offrir une interprétation originale et exhaustive d'un sujet qu'il choisit généralement lui-même, trouva un support idéal dans le livre illustré (Albert Steiner, Engadiner Landschaften, 1927; Gino Pedroli, Presento il mio Ticino, 1939; Gotthard Schuh, Iles des dieux, 1941). Ce type de publication fut particulièrement répandu à l'époque de la défense spirituelle du pays. Au cœur d'une Europe dévastée, les thèmes principaux étaient la patrie, ses paysages et ses coutumes: Walter Läubli (Urschweiz, 1941), Ernst A. Heiniger (Tessin, 1941), Hans Peter Klauser (Appenzellerland, 1945) et Leonhard von Matt (Uri, 1946) sont des représentants de ce courant. Dans une veine différente, Jakob Tuggener, qui s'est toujours défini comme un "poète de la photo", a laissé une œuvre sans compromis, constituée de septante-cinq albums illustrés non publiés et de vingt-quatre courts métrages. Après 1945, quelques photographes quittèrent l'ambiance paisible de la Suisse pour aller travailler à l'étranger. A côté de Werner Bischof, auteur d'une œuvre originale et stimulante (notamment sur le thème de l'Europe après la guerre), et de René Gröbli, qui publia en 1949 l'impressionnante Magie du rail, le plus universellement connu est Robert Frank qui, avec son ouvrage Les Américains (1958), fut à l'origine d'une nouvelle façon de concevoir la photographie. René Burri (Les Allemands, 1962), Jean Mohr (A fortunate Man, 1967) et Luc Chessex avec ses images d'Amérique du Sud et de Cuba (1962-1977) représentent l'art de plus en plus répandu de la photographie d'auteur.

Un autre courant photographique du XXe s. s'était fondé sur le livre paru en 1929 en Allemagne sous le titre programmatique de foto-auge, qui proclamait la "vérité objective" de la photographie documentaire. Le Bauhaus, tant à Weimar qu'à Dessau et Berlin, enseigna cette "nouvelle photographie", basée essentiellement sur les acquis du constructivisme. A l'enseigne de la Nouvelle Objectivité, des photographes, typographes et graphistes mirent l'accent sur l'exactitude, la netteté et le souci du détail (naturalisme photographique). Hans Finsler, de Halle sur la Saale, fut appelé à Zurich en 1932 pour y créer à l'école des arts appliqués la première classe de photographie. Son enseignement était centré sur la photographie documentaire selon la Nouvelle Objectivité. Simultanément naquit à Zurich un graphisme photographique moderne, rigoureux et concret, qui privilégia, notamment dans le domaine publicitaire, l'objectivité et la clarté de l'information. Max Bill, Herbert Matter, Hermann Eidenbenz, Hugo P. Herdeg, Michael Wolgensinger, Ernst A. Heiniger et Josef Müller-Brockmann en furent les représentants majeurs.

<b>Photographie</b><br>Couverture de la revue <I>Camera</I>, décembre 1929 (Bibliothèque nationale suisse).<BR/>De 1922 à 1981, cette revue mensuelle, éditée à Lucerne, eut une diffusion européenne et traita de toutes les tendances du travail photographique: du reportage à la photographie d'art, de la tradition à l'avant-garde.<BR/>
Couverture de la revue Camera, décembre 1929 (Bibliothèque nationale suisse).
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Auteur(e): Walter Binder / FP

5 - La photographie dans la mode et dans les beaux-arts

La photographie de mode émane surtout des centres de la haute couture, Paris, Londres et New York. Edmond-Edouard Boissonnas, qui travaillait à Genève à la Belle Epoque et eut l'intuition de pérenniser le style vestimentaire de son temps, constitue une exception. Peter Knapp sut s'imposer dans les années 1960 à Paris comme directeur artistique et photographe de mode.

Dès le début, la photographie représenta un grand défi pour les artistes plasticiens, partagés entre attirance et rejet à l'égard de cette invention. Tandis qu'au tournant du siècle des photographes d'art, tels Fred Boissonnas, Gaston de Jongh, Camille Ruf et les frères Linck, s'efforçaient d'obtenir des effets picturaux, des recherches orientées vers l'abstraction, comme le photogramme (sans caméra), le photomontage et le photocollage, débutèrent sous le nom de photographie expérimentale. Il s'agissait de concevoir des phototypes concrets non illustratifs. Dans les années 1960, on tenta de visualiser des situations au moyen de séries d'images et de séquences. Depuis lors, l'ambition artistique consistant à concrétiser des idées et des concepts à l'aide de la caméra a continué de gagner du terrain (Manon, Rudolph Lichtsteiner, Christian Vogt, Balthasar Burkhard). Au milieu des années 1960 naquit en peinture le courant du photoréalisme ou hyperréalisme, qui vise à reproduire avec exactitude sur la toile une image photographique servant de modèle (Franz Gertsch).

<b>Photographie</b><br>Page de titre du premier numéro du <I>Zürcher Illustrierte</I>, 20 juillet 1925 (Bibliothèque nationale suisse).<BR/>Une photographie d'Anton Krenn illustre la première page de l'hebdomadaire représentant une vue d'ensemble de la fête fédérale de gymnastique de Genève.<BR/>
Page de titre du premier numéro du Zürcher Illustrierte, 20 juillet 1925 (Bibliothèque nationale suisse).
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Auteur(e): Walter Binder / FP

6 - La photographie et la presse

Les médias écrits contribuèrent à rendre la photo accessible à un vaste public. En 1904, le Tages-Anzeiger sortit pour la première fois un supplément illustré sous le titre Zeitbilder. Ringier publia dès décembre 1911 l'hebdomadaire Schweizer Illustrierte, dont les reportages étaient accompagnés de photos d'agences. En Suisse romande, L'Illustré fut créé en septembre 1921. En 1922 parut Camera , la première revue mensuelle européenne d'art photographique pour les professionnels et les amateurs. Arnold Kübler fut nommé en 1929 rédacteur en chef de la Zürcher Illustrierte, hebdomadaire fondé en 1924, qui deviendra en 1941 le mensuel culturel Du ; en mandatant directement des photographes indépendants, il en fit bientôt une publication de haut niveau, dont l'audience dépassait largement le niveau régional. Il opposa ainsi un journalisme personnalisé aux images anonymes proposées par les agences, inspirant et encourageant un grand nombre de jeunes photographes. En 1929, Martin Hürlimann lança à Berlin le mensuel Atlantis, consacré aux pays, aux peuples et aux voyages. D'autres magazines et journaux ont joué un rôle important pour la photographie, notamment L' Illustrazione ticinese dont l'artiste tessinois Aldo Patocchi a été rédacteur en chef, la NZZ, la Basler Zeitung, la Berner Zeitung ou encore le Tages-Anzeiger qui sort chaque semaine depuis 1970 un supplément en couleurs (Magazin).

La photographie suisse se fit aussi connaître par le biais des expositions nationales, notamment celle de Genève en 1896 (pavillon Fred Boissonnas), ou universelles, comme celles de Paris en 1889 et 1900, Milan en 1906 et Dresde en 1908. Lors de l'Exposition nationale de 1939, l'Association des photographes monta son propre pavillon. En 1971, la Fondation suisse pour la photographie vit le jour à Zurich, avec siège au Kunsthaus. Son but était de réunir, exposer et publier des photos suisses et de gérer des fonds photographiques. Le Musée de l'Elysée à Lausanne, fondé en 1986, est entièrement dédié à la création photographique. Le centre pour la photographie ouvert à Winterthour en 2003 réunit le Fotomuseum de cette ville, créé en 1993, et la Fondation suisse pour la photographie, transférée de Zurich en 2003 et rebaptisée Fotostiftung.

Auteur(e): Walter Binder / FP

7 - Histoire des techniques

Vers 1840-1860, les photographes doivent préparer leurs papiers et leurs plaques eux-mêmes. Ils importent leurs équipements ainsi que la plupart de leurs fournitures, puis peu à peu trouvent substances et produits sur le marché local. L'essor que prend alors la photographie génère l'apparition des premiers fabricants d'appareils en Suisse. Ebénistes spécialisés, à l'exemple de la maison Frey et Cie à Aarau fondée en 1860, ils équipent leur production d'optiques importées. Certains deviendront distributeurs de fournitures et de matériel. Quelques opticiens produisent des objectifs. La maison fondée en 1878 à Bâle par Emil Suter prend la première une dimension industrielle, équipe une part importante des productions des ébénistes suisses et distribue aussi des appareils fabriqués à l'étranger, tels Mackenstein de Paris ou Murer et Duroni en Italie.

Dès les années 1870, un progrès considérable est réalisé grâce à l'invention de la plaque au gélatino-bromure ou plaque sèche qui peut être produite industriellement. A Douanne, le fabricant d'appareils photographiques Alfred Engel-Feitknecht se lance dans cette production en 1878; il sera suivi en 1889 par l'Anglais John Henry Smith qui installe à Zurich une manufacture équipée d'une machine à émulsionner remarquée. L'avènement de l'instantané provoque une mutation complète de l'appareil photographique qui se mécanise et dont la production s'industrialise. Les ébénistes disparaissent peu à peu et seuls subsisteront ceux qui deviendront importateurs, comme la maison Engel-Feitknecht qui déménage à Bienne en 1902, devient Perrot & Cie en 1915 et se spécialisera dans le commerce en gros.

Aux Etats-Unis, George Eastman révolutionne la photographie en 1888 en la rendant accessible à tous grâce à son Kodak, premier appareil au maniement très simple utilisant un film sur support souple (bobine). Cet appareil est le fruit d'une stratégie industrielle qui vise à créer la dépendance du plus grand nombre possible d'utilisateurs. Les photographes assurent dès lors le développement et le tirage des photographies d'amateurs et vendent films et appareils.

La micromécanique prend de plus en plus d'importance dans la production des appareils et de multiples petites manufactures ont une existence plus ou moins éphémère. Gottlieb Zulauf à Zurich reprend en 1895 un atelier de mécanique et d'optique et crée en 1909 un appareil de qualité, le Polyscop, qui aiguise la convoitise du géant allemand Zeiss. Celui-ci lui propose une fusion avec son usine ICA à Dresde où Zulauf transfert sa production en 1911. En 1922, Simons & Co. à Berne produit un appareil pour film 35 mm, trois ans avant la commercialisation du Leica d'Ernst Leitz, à Wetzlar (Hesse), qui révolutionnera la photographie de reportage.

Durant la crise des années 1930, des entreprises soucieuses de diversification s'intéressent à la production d'appareils photographiques. Kern à Aarau fabrique des appareils et des objectifs. LeCoultre à la vallée de Joux sort vers 1937 un appareil miniature, le Compass, conçu par l'Anglais Noel Pemberton-Billing. Au cours de cette période et durant la Deuxième Guerre mondiale, la Suisse bénéficie de l'expérience d'inventeurs étrangers: Jacques Boolsky, créateur de la caméra Bolex, est aussi le concepteur de l'appareil Alpa fabriqué par Pignons SA à Ballaigues. Redessiné par l'ingénieur André Cornut, l'Alpa sera l'un des appareils reflex 35 mm les plus performants des années 1960 avant de disparaître face à la concurrence japonaise. L'opticien allemand réputé Ludwig Bertele rejoint Wild à Heerbrugg et travaille sur des objectifs photographiques. L'ingénieur russe Dimitri Rebikoff est à l'origine de l'industrie suisse du flash électronique, l'une des plus importantes au monde avec les marques Broncolor à Allschwil ou Elinchrom à Renens (dans le domaine de la photographie de studio professionnelle). Les Allemands Rudolf Steineck et Paul Nagel conçoivent en 1956 le Tessina, appareil miniature prisé des services secrets, produit à Granges (SO).

Dès les années 1920, Ciba fabrique à Bâle des plaques sensibles et des produits chimiques pour la photographie, puis s'intéresse aux procédés couleur. En 1960, Ciba reprend l'entreprise Tellko (Fribourg, 1935) qui produit depuis 1950 les films, papiers et produits chimiques Telcolor. Ce procédé négatif positif a été mis au point grâce au concours de l'un des concepteurs de l'Agfacolor, Wilhelm Schneider, installé en Suisse après 1945. De la fusion Ciba-Tellko, qui associera également Ilford et Lumière, naîtra le procédé Cibachrome, actuel Ilfochrome.

Dans les années 1960, Kodak provoque une nouvelle révolution dans la photographie grand public avec l'introduction de l'Instamatic dont le système de film en cartouche élimine les risques de fausses manœuvres et garantit à l'utilisateur d'obtenir des épreuves de toutes ses images, certes de piètre qualité. L'appareil va être le support de la vente en masse de films couleurs, provoquant la disparition du photographe de quartier au profit de l'essor des laboratoires industriels qui écouleront en masse du papier photographique couleur. Ce marché florissant attire les convoitises des chaînes de supermarchés qui se livrent une guerre des prix n'autorisant la survie que des commerces spécialisés les plus compétents.

En 1948, les réflexions du photographe schaffhousois Carl Koch donnent naissance au concept novateur d'un appareil grand format (négatifs de 9x12cm à 20x25cm) pour les professionnels, la chambre modulaire à banc optique Sinar. Au début du XXIe s., l'entreprise Sinar est le plus important producteur mondial de ce type d'équipements. Très active dans le domaine de l'image numérique, elle fut la première à exploiter le capteur digital de 20 millions de pixels fabriqué par Kodak.

A l'aube du troisième millénaire, la Suisse n'est pas seulement consommatrice de photos; elle dispose d'une industrie photographique dynamique, constituée de PME hautement spécialisées, actives dans des marchés très spécifiques où leurs produits sont particulièrement appréciés. Le développement technique de la photographie est présenté par le Musée suisse de l'appareil photographique, fondé à Vevey en 1971.

Auteur(e): Pascale Bonnard Yersin, Jean-Marc Yersin

Références bibliographiques

Bibliographie
Revue suisse de photographie, 1889-1906
Revue suisse de photographie, 1936-1994
– E. Stenger, Die Photographie in Kultur und Technik, 1938
Photographie en Suisse de 1840 à aujourd'hui, 1974 (all. 1974)
– E. Billeter, Malerei und Photographie im Dialog, 1977
– E. Breguet, 100 ans de photographie chez les Vaudois, 1981
– U. Tillmanns, éd., Dict. encyclopédique de la photographie, 1985 (all. 1982)
– U. Tillmanns, «Retrouvé dans le noir», in Fomak-Reflexe, 1986-1999 (rubrique annuelle)
Il Ticino e i suoi fotografi, cat. expo. Lugano et Zurich, 1987
– M. Auer, 150 ans d'appareils photographiques, 1989
– P. Hugger, "Der schöne Augenblick": Schweizer Photographen des Alltags, 1989
– L. Thewes, Alpa: 50 Jahre anders als andere, 1990
– R. Perret, Frappante Ähnlichkeit, 1991
La photographie en Suisse: 1840 à nos jours, 1992 (all. 1992)
Révélations de la chambre noire, 1994 (all. 1994)
Visual: die Zeitschrift für das Sehen und das Sichtbarmachen, 1994-1995
Photo Suisse, 1997-
History of Photography, 1998, cah. 22
– P. Bron, Le flash photographique: brève hist. illustrée, 1999 (angl. 1998)
Fotografie: Der lange Weg zur Farbe, 2000
– I. Zannier, Storia e tecnica della fotografia, 72001
– Ch. Eggenberger, L. Müller, éd., Photosuisse, 2004 (avec 2 DVD)