Vitraux

Un vitrail est une clôture de baie constituée de morceaux de verre teinté dans la masse (Verreries), assemblés de manière à obtenir une composition figurée ou ornementale. Lors de la confection, chaque pièce de verre est peinte avec une couleur brune-noire plus ou moins diluée, la grisaille, avant d'être recuite au four et sertie dans un réseau de plombs. Vers la fin du XIIIe s., on découvrit que l'argent donnait au verre, à la cuisson, une teinte jaune; ce nouveau procédé de coloration se répandit sur le territoire suisse dans la première moitié du XIVe s. La technique de la peinture aux émaux sur verre blanc, développée au XVe s., fut très utilisée dans le vitrail suisse entre le XVIe et le XVIIIe s., et de nouveau après 1820. Entre 1911 et 1929, des peintres verriers français mirent au point le vitrail en dalle de verre, serti dans une armature en béton.

Au Moyen Age, les peintres verriers devaient se procurer leurs matériaux sur les marchés locaux. Mais très rares sont les cas où l'on a déterminé précisément la provenance du verre. Pour le territoire de la Suisse actuelle, il devait s'agir surtout de la Forêt-Noire, des Vosges et de la Lorraine. Aujourd'hui, le verre vient principalement de Waldsassen (Bavière) et de Saint-Just (Rhône-Alpes).

En tant que genre artistique, la fabrication de vitraux ne pouvait faire vivre un ou plusieurs ateliers au même endroit qu'en présence d'une forte demande, raison pour laquelle les peintres verriers n'étaient organisés en corporations spécialisées que dans les grands centres. Généralement, ils adhéraient à une corporation regroupant divers métiers d'art ou ouverte à tous métiers, comme celle du Ciel à Bâle ou la Société zum Mittellöwen à Berne. Aujourd'hui, il existe deux organisations, l'Association professionnelle suisse du vitrail et Verarte.ch, société des artistes verriers.

Les témoins les plus anciens de l'art du vitrail en Suisse remontent à l'époque carolingienne. Cependant, jusque vers 1200, il ne s'agit que de fragments mis au jour par l'archéologie (Müstair, IXe s.; Payerne, XIIe s.). Les plus anciens vitraux intégralement conservés datent du début du XIIIe s. La Vierge de Flums (vers 1200, auj. au Musée national), relève encore dans une large mesure du style roman, tandis que la rose de la cathédrale de Lausanne (de la même époque) est un exemple de style antiquisant français. On peut observer les premières tendances du gothique à son apogée dans les vitraux du cloître de l'abbaye cistercienne de Wettingen (vers 1280) et du chœur de l'église des hospitaliers de Saint-Jean de Münchenbuchsee (vers 1290). Le style gothique français s'établit en territoire suisse vers 1300. Une série d'importants ensembles voit alors le jour: Kappel am Albis (vers 1300/1310), Königsfelden (nef vers 1316, chœur entre 1330 et 1340 environ, bas-côtés vers 1360), Frauenfeld-Oberkirch (1325-1330), Blumenstein (vers 1330), Köniz (vers 1330) et Hauterive (1330-1340). Ces réalisations manifestent une parenté soit avec le travail des verriers alsaciens (Königsfelden), soit avec celui des ateliers de Constance (Kappel, Frauenfeld-Oberkirch). Presque rien ne nous est parvenu de la seconde moitié du XIVe s. En revanche, le style international en vogue vers 1400 est bien représenté en Suisse, dans une version inspirée des maîtres du Rhin supérieur et de l'Allemagne du Sud: vitraux de Zofingue (1400-1410), de Staufberg (comm. Staufen, 1430-1440), de la chartreuse de Bâle (1410-1420). L'ensemble le plus important de verrières gothiques tardives en Suisse orne le chœur de la collégiale de Berne (de 1441 à 1455 env.). Le Conseil de la ville confia la fenêtre centrale au maître Hans von Ulm, les autres à l'atelier du peintre verrier bernois Niklaus Glaser. Ce dernier travailla avec des artistes bâlois, dont l'un participa également à la réalisation des vitraux du chœur de l'église paroissiale de Bienne (1457).

Après la Réforme, la préférence alla vers des espaces intérieurs plus lumineux et l'art du vitrail monumental disparut largement en Suisse. En revanche, les panneaux isolés de petit format connurent, à partir de la fin du XVe s., un succès que la tradition des donation de vitraux armoriés perpétua jusqu'au début du XVIIIe s. Au XIXe s., l'historicisme suscita, à partir de grands centres artistiques comme Munich ou Paris, un renouveau du vitrail monumental. C'est d'ailleurs à des ateliers établis dans ces centres que furent passées certaines des premières grandes commandes de vitraux destinés à des monuments suisses comme ceux du chœur de la cathédrale de Bâle (Caspar Gsell, de Paris, et Franz Xaver Eggert, de Munich, 1856-1857) et ceux de l'église Sainte-Elisabeth, à Bâle également (atelier des frères Burkhardt, de Munich, 1865). Les artistes actifs en Suisse renouèrent d'abord avec la tradition des panneaux armoriés (Johann Jakob Müller dès 1829 à Berne). Les verrières de la cathédrale de Fribourg, œuvre de l'artiste polonais Józef Mehoffer et de l'atelier fribourgeois Kirsch & Fleckner, constituent sans doute l'ensemble le plus important pour l'époque de transition entre l'historicisme et l'Art nouveau. On mentionnera encore les vitraux réalisés par Clement Heaton, artiste britannique résidant à Neuchâtel, pour l'église Saint-François de Lausanne et pour la cathédrale de Bâle. Vers 1900, le vitrail commença aussi de jouir d'une grande popularité dans le domaine profane (hôtels, restaurants, magasins, galeries, maisons privées).

A partir des années 1910, les artistes romands se retrouvèrent à la pointe dans le domaine du vitrail. Le langage expressif d'Alexandre Cingria, qui s'inspirait de l'œuvre de Mehoffer, stimula toute une génération de créateurs, parmi lesquels Jean-Henri Demole, Marcel Poncet, Edmond Bille, Ernest Biéler, Louis Rivier et Jean-Edouard de Castella. La majorité d'entre eux adhéra au groupe de Saint-Luc et Saint-Maurice, fondé vers 1919. En Suisse alémanique, les figures de proue dans ce domaine furent Hans Stocker et Otto Saiger, du groupe Rot-Blau. D'autres artistes comme Albin Schweri, Carl Roesch, Leo Steck, Ferdinand Gehr, Louis René Moilliet, Burkhard Mangold, Coghuf, Jacques Düblin, Charles Hindenlang et Augusto Giacometti s'efforcèrent d'introduire de nouvelles formes. Plus récemment, d'importants vitraux destinés à des édifices suisses furent créés par des artistes étrangers, comme ceux de Fernand Léger à Courfaivre (1953-1954) ou ceux de Marc Chagall à Zurich (1970). L'abstraction, qui fit son entrée dans le domaine du vitrail avec Léger, fut aussi pratiquée par Otto Staiger, Roger Bissière, Alfred Manessier et Samuel Buri.

Le vitrail fut longtemps le parent pauvre de la recherche en histoire de l'art. Depuis la Renaissance, en effet, on le considérait non plus comme un art à part entière, mais comme un simple artisanat. En outre, la plupart des chercheurs se méfiaient des nombreuses restaurations subies par les vitraux. Ce n'est qu'avec la fondation, par le Suisse Hans Robert Hahnloser, du Corpus Vitrearum Medii Aevi (1952), que ce genre artistique fut à nouveau apprécié par un plus large public. Hahnloser s'était donné pour but d'étudier et de documenter le vitrail européen; en Suisse, en plus de la commission du Corpus vitrearum de l'Académie suisse des sciences humaines et sociales, une institution indépendante sise à Romont (FR) se consacre à l'étude et à la conservation de vitraux. Si les œuvres des XIXe et XXe s. sont de plus en plus souvent étudiées, des efforts particuliers sont également entrepris pour traiter les vitraux réalisés entre le XVIe et le XVIIIe s., conformément aux exigences actuelles de la recherche scientifique.


Bibliographie
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Glasmalerei im Kanton Aargau, 5 vol., 2002
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– B. Kurmann-Schwarz, Die Glasmalereien der ehemaligen Klosterkirche Königsfelden, 2008

Auteur(e): Brigitte Kurmann-Schwarz, Hortensia von Roda, Stefan Trümpler / VW