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Revues culturelles

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Par revues culturelles, on désigne aujourd'hui des périodiques visant un public indéfini et traitant de toutes sortes de thèmes des domaines du savoir, des arts, des traditions et modes de vie au sens large d'une société ou d'une nation. Prises dans ce sens, elles sont apparues au XXe s., mais elles eurent des précurseurs dès le XVIIe s.

1 - Suisse romande

Ancêtre des revues de la Suisse romande actuelle, le Mercure suisse fut édité à Neuchâtel de 1732 à 1784. Publiant des articles scientifiques et littéraires, il rassemblait les noms de plusieurs savants suisses de l'époque. Sa disparition laissa un vide que ne combla aucun successeur. Le temps de la Révolution française fut plutôt celui des libelles et des journaux. La Bibliothèque britannique , devenue Bibliothèque universelle en 1816, parut pourtant à Genève en 1796. Solide revue bourgeoise, aux livraisons volumineuses, elle traversa le siècle avant de fusionner en 1924 avec la Revue de Genève . Dans l'intervalle, elle se renforça en absorbant en 1861 sa rivale, la Revue suisse, lancée à Lausanne en 1838 mais chassée à Neuchâtel par la révolution radicale vaudoise.

Les petites revues littéraires et artistiques, de jeunes, firent leur apparition dans le dernier tiers du XIXe s. Plusieurs, comme la Revue de Genève, La Montagne, ou la Revue helvétique , succombèrent rapidement. La Voile latine , puis les Cahiers vaudois marquèrent toutefois le début du XXe s. Charles Ferdinand Ramuz, Charles-Albert Cingria, Gonzague de Reynold et Robert de Traz y firent leurs armes. Les premières revues culturelles, plus politisées, naquirent à la même époque (Les Feuillets, Les Idées de Demain, la Revue de Fribourg).

En 1927, La Semaine littéraire , née en 1896 grâce à Louis Debarge disparut à son tour. Elle s'était imposée comme le forum des littérateurs romands tout en restant ouverte sur Paris. La Revue de Genève (1920-1930), lancée par Robert de Traz, ne prit jamais vraiment sa place. L'entre-deux-guerres, privé d'une grande publication de référence, vit se multiplier les petites revues culturelles au tirage confidentiel. Très politisées, souvent éphémères, elles parurent pour la plupart à Genève ou à Lausanne. La Nouvelle Revue romande, le Centurion, Visages, Ordre et Tradition (plus tard Cahiers de la Renaissance vaudoise) ou encore l'Homme de Droite, s'avouaient maurrassiennes pour la plupart et attirées par le fascisme. L'Eveil, Connaître ou L'Essor, au ton antifasciste ou personnaliste, leur firent opposition. Les tentatives des jeunes auteurs, emmenés par Gilbert Trolliet et Daniel Simond, pour créer une revue plus littéraire sur le plan romand échouèrent. Présence , puis Suisse romande, qui lui succéda, peinèrent à atteindre les 500 abonnés nécessaires à leur survie. Quelques années plus tôt, l'expérience originale de Ramuz et Gustave Roud, Aujourd'hui, avait à peine pu fêter son second anniversaire.

La guerre et la censure n'empêchèrent pas les engagements, plus surveillés à gauche (Traits ) qu'à l'extrême-droite (Le Mois suisse). Mais plusieurs revues choisirent un ton moins politique, comme Suisse contemporaine ou Lettres, qui défendirent la démocratie par le biais de la culture.

Plusieurs revues, de sensibilité de gauche, naquirent après la Deuxième Guerre mondiale (Carreau, Carrérouge, Rencontre , Revue Transjurane, Pays du Lac). Aucune n'arriva vraiment à perdurer ou à s'imposer. Dès la fin des années 1960, les revues culturelles se raréfièrent en Suisse romande, concurrencées peut-être par les suppléments littéraires de la Gazette de Lausanne et du Journal de Genève et par les titres français. Lancée en 1964, Ecriture fut l'une des rares qui paraissait encore quarante ans plus tard (cessation en 2005). Feux Croisés (1999, devenue en 2006 Viceversa littérature, qui paraît désormais en français, allemand et italien en trois éditions distinctes), la Revue de Belles-Lettres , et, dans un format plus modeste, La Distinction (1987) et Le Passe-Muraille (1992) sont les derniers représentants d'une forme éditoriale qui semble en voie d'extinction.

Auteur(e): Alain Clavien

2 - Suisse alémanique

Le plus ancien périodique suisse à aborder des sujets culturels fut le mensuel Historischer und Politischer Mercurius, publié à Zurich entre 1694 et 1723, qui rapportait des événements politiques importants, des phénomènes naturels, des accidents et des crimes, plus rarement des découvertes scientifiques ou des nouvelles artistiques. Occasionnellement, il contenait des critiques ou des commentaires littéraires. Les revues savantes représentaient la majorité de ces premiers titres. Elles étaient la plupart du temps interdisciplinaires et renfermaient également des critiques et des notes littéraires. Le magazine de Johann Jakob Scheuchzer, édité à Zurich sous le titre Seltsamer Naturgeschichten des Schweitzer-Lands wochentliche Erzehlung (1706-1708), s'adressait plutôt à un lectorat bourgeois instruit auquel on livrait sous une forme vulgarisée des observations et des expériences liées aux sciences naturelles ou des histoires traditionnelles. Un autre magazine publié à Zurich par Johann Heinrich Tschudi, les Lehrreiche, Lustig-erbauliche Monatliche Gespräche (1714-1726), proposait un contenu destiné à enrichir les conversations.

D'autres précurseurs importants furent, dès la première moitié du XVIIIe s. dans les villes protestantes de Zurich, Bâle et Berne, les hebdomadaires moraux imprégnés de l'esprit des Lumières qui prétendaient développer la vertu et la raison chez les bourgeois cultivés et s'adressaient aussi expressément aux femmes. Ainsi, Johann Jakob Bodmer et Johann Jakob Breitinger publiaient à Zurich les Discourse der Mahlern (1721-1723) qui traitaient chaque semaine des thèmes et des usages du temps. Près de cent ans plus tard, des écrivains suisses publièrent dans l'almanach Alpenrosen (édité à Berne de 1811 à 1830 et à Aarau de 1831 à 1854) des contes, des nouvelles villageoises et des articles folkloriques. Au XIXe s. également, le mensuel Civitas de la Société des étudiants suisses, reprit dès 1856 à sa manière la tradition de la revue savante et évolua d'un organe d'association à une revue culturelle d'inspiration catholique.

Au début du XXe s., le périodique Die Alpen, issu de la Berner Rundschau (1906-1910), porta le sous-titre de Monatsschrift für schweizerische und allgemeine Kultur ("mensuel de culture suisse et générale"), puis s'intitula Wissen und Leben (1913) et ensuite Neue Schweizer Rundschau (1922). Max Rychner, son rédacteur de 1922 à 1931, resserra à nouveau la notion de culture qui s'était élargie et fit du journal un forum de littérature européenne internationalement reconnu. De nombreux autres périodiques du début du XXe s. destinés aux membres d'associations culturelles et théâtrales et d'organisations professionnelles des secteurs de l'art, de l'architecture et du design sont à ranger dans les revues culturelles. Ainsi parut pour la première fois en 1914 Das Werk (L'Œuvre), organe officiel de la Fédération des architectes suisses, de L'Œuvre et de la Société suisse des beaux-arts. En 1921, les Schweizerische Monatshefte (Schweizer Monatshefte) furent créés comme revue de politique, d'économie et de culture, d'orientation explicitement libérale et traitant surtout de littérature et d'arts plastiques. La revue Du , créée en 1941, est un classique du genre.

Des écrivains suisses comme Arnold Kübler, Maria Waser, Jakob Bührer, Rudolf von Tavel, Albin Zollinger ou Felix Moeschlin, furent rédacteurs de revues destinées à un large public ou de feuilles littéraires plus confidentielles. Les périodiques littéraires qui ont duré sont ceux qui se sont limités à leur domaine, tels Drehpunkt depuis 1968 ou Orte depuis 1974. En 1987, Alexander J. Seiler fonda avec Max Frisch la revue à tendance sociopolitique Einspruch, devenue en 1991 Entwürfe.

Dans les années 1980, des revues sectorielles virent le jour, comme Musik & Theater (1980), Parkett (beaux-arts, 1984) ou Hochparterre (architecture, 1988). Un nouveau type de publications est issu à la fin des années 1980 des calendriers des manifestations urbaines. Elles complètent des comptes rendus culturels de quotidiens locaux, jugés insuffisants: la Programmzeitung à Bâle (1987), Der Kulturkalender à Lucerne (1988; Das Kulturmagazin depuis 2000), Saiten à Saint-Gall (1994) et Ensuite à Berne (2003, également publié à Zurich depuis 2007). Des thèmes culturels au sens le plus large sont abordés depuis 1985 dans le périodique Passages de la Fondation Pro Helvetia (actuellement publié trois fois par an en allemand, français et anglais). Des revues plus récentes comme Kult (1997-2006) ou EigenArt (2000-2004) défendaient également une définition contemporaine très large de la culture. Pour ces journaux, plutôt citadins et s'adressant à un public jeune, la culture ne se limitait pas aux domaines établis de l'art et de la science ou au maintien de la tradition, mais englobait aussi l'ensemble des modes de vie et les phénomènes de société.

Auteur(e): Urs Bugmann / FP

3 - Suisse italienne

Des publications culturelles d'une certaine portée n'apparurent en Suisse italienne qu'au début du XIXe s., avec notamment l'Appendice letteraria de la Gazzetta Ticinese (1824-1825), à visée encyclopédique et vulgarisatrice, ou l'Educatore della Svizzera italiana (1855-1972), fondé par Stefano Franscini. Vers la fin du XIXe s., les revues de culture "générale" côtoyèrent des périodiques plus spécialisés, dont le principal fut le Bollettino storico della Svizzera italiana, publié dès 1879 (avec de grandes interruptions durant le XXe s.; nouvelle série éditée depuis 2001).

La fin du XIXe et le début du XXe s. furent une période prolifique pour les revues culturelles, même si certaines, dont Coenobium (1906-1919) et Pagine libere (1906-1912, publiée ensuite en Italie), furent réalisées par des réfugiés italiens et surtout destinées à des lecteurs de la péninsule. Francesco Chiesa fonda en 1899 la Piccola rivista ticinese (1899-1901) qui traitait de sujets d'actualité et de thèmes littéraires. L' Adula (1912-1935) défendait l'italianité culturelle et linguistique du Tessin. La revue catholique Pagine nostre, s'opposant à L'Adula, parut de 1921 à 1927. Dans une ligne plus scientifique naquit Cultura moderna (1905-1915) aux intentions "scientifico-religieuses".

Dans les années 1930, l'association Pro Grigioni italiano publia les Quaderni grigionitaliani (1931) destinés aux vallées italophones des Grisons. Au même moment, le Tessin vit la naissance de la revue bimestrielle Rivista storica ticinese (1938-1946) qui traitait d'archéologie, d'histoire et des beaux-arts.

Durant la Deuxième Guerre mondiale, la revue Svizzera italiana (1941-1962) vit le jour au milieu du débat exacerbé entre italianité et helvétisme; une autre initiative importante, quoique éphémère, fut celle de la revue littéraire Belle lettere (1945-1946), exemple de collaboration étroite entre intellectuels suisses et italiens. Il est intéressant de noter que c'est aussi à cette époque qu'apparaissent les suppléments littéraires dans les journaux tessinois.

L'après-guerre vit émerger divers bulletins et périodiques culturels, notamment Cenobio (1952), Il Cantonetto (1953) et l'Archivio storico ticinese (1960), plus spécialisé. A la fin du XXe s., la scène culturelle tessinoise fut occupée par Bloc Notes (1979), revue interdisciplinaire et épistémologique, et le magazine semestriel Idra (1990-2001), dont le but était d'établir des échanges littéraires avec l'Italie; une intention qui se trouve d'ailleurs à l'origine d'une grande partie des revues culturelles de la Suisse italienne.

Auteur(e): Nelly Valsangiacomo / AMC

Références bibliographiques

Bibliographie