23/08/2005 | communication | PDF | imprimer | 

Châtel-Saint-Denis (commune)

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Comm. FR, chef-lieu du distr. de la Veveyse dès 1848, située au bord de la Veveyse, sur l'axe Bulle-Vevey, comprenant la station des Paccots, Fruence et plusieurs hameaux. Remaufens en fait partie jusqu'en 1806. Très vaste (4791 ha), le territoire communal présente un paysage typiquement préalpin avec des sites naturels protégés (lac de Lussy, lac des Joncs). 2339 hab. en 1850, 2509 en 1900, 2908 en 1950, 2666 en 1960, 2842 en 1970, 3797 en 1990, 4389 en 2000.

Un site de la fin du Paléolithique et deux sites mésolithiques (C.-Pramontey 1 et 2) ont été mis au jour près du lac de Lussy en 1998. Le site principal, C.- Lac de Lussy, a livré, pour la première fois dans le canton de Fribourg, un outillage obtenu à partir de calcaire oolithique, comparable à celui des sites magdaléniens de Moosseedorf-Moosbühl, Hauterive-Champréveyres (NE) et Neuchâtel-Monruz, ce qui permet de le dater d'environ 13 500 av. J.-C. Il constitue la plus ancienne trace humaine actuellement connue en territoire fribourgeois.

Fondée par Amédée V de Savoie après son rachat de la seigneurie de Fruence en 1296, C. devient le centre de la seigneurie homonyme et remplace le bourg de Fruence peu à peu abandonné. Dotée de franchises (confirmées en 1336 par Aymon de Savoie, sur le modèle de celles de Moudon), dominée par un château (achevé vers 1305), la nouvelle ville est au centre d'un territoire en plein défrichement et idéalement située sur l'itinéraire Haute-Broye-Léman. Elle se développe toutefois peu et reste un centre régional de marché. Une confrérie du Saint-Esprit existe dès 1384. Depuis 1536, C. se trouve sous la suzeraineté de Fribourg qui en fait ensuite le chef-lieu du nouveau bailliage de C. remplaçant la seigneurie (1574-1798). Au XVIIIe s., sur la route du fromage, C. participe à l'essor économique et aux échanges entre la Gruyère et la région lémanique. Le mouvement de contestation contre le régime patricien fribourgeois fait à C. des émules qui prennent part au soulèvement Chenaux (1780-1784) et adhèrent au Club helvétique. En 1798, C. suit le mouvement révolutionnaire vaudois. De 1798 à 1848, C. est le chef-lieu du district du même nom, qui succède au bailliage.

La paroisse, mentionnée dès 1228, s'arrête aux limites de la seigneurie de C. Le droit de collation appartient au couvent de Lutry jusqu'à sa suppression à la Réforme. En 1580, la cure de C. est incorporée au chapitre de Saint-Nicolas (Fribourg) puis cédée à l'évêque du diocèse à la fin du XIXe s. L'église Saint-Denis de la fin du XIIIe s. est remplacée par un autre édifice en 1636, transformé en 1787 (devenue chapelle d'une école privée). L'église actuelle a été construite de 1872 à 1875, sur les plans d'Adolphe Fraisse. La paroisse compte plusieurs chapelles, dont Saint-Roch (cimetière pour les pestiférés, 1655), Notre-Dame-du-Scex (1867), Saint-Blaise (Prayoud, 1902) et Notre-Dame-des-Neiges (Les Paccots, 1935).

La rareté de l'industrie et l'essor démographique génèrent une émigration définitive au XIXe s. en Argentine (colonie de Baradero, par exemple). L'industrialisation connaît de timides débuts au tournant du XXe s.: meubles de jonc, vannerie, cigares, lait en poudre (déplacé à Vuadens en 1914). Une centrale électrique est construite par les frères Genoud en 1898. En 1960, de nouvelles usines, de taille modeste, s'installent (textile et habillement, textiles métalliques, éléments de coffrage, bois lamellé-collé, matériaux isolants). L'ouverture de l'A12 (1980) et l'aménagement d'une importante zone industrielle donnent à C. un nouvel élan (construction métallique, électronique, traitement de déchets, machines, produits médicaux, articles sanitaires). Le tourisme, qui débute en 1856 avec l'ouverture des bains, prend son essor au début du XXe s. grâce à l'arrivée du chemin de fer à voie étroite (Palézieux-C.-Bulle, 1901; Vevey-C., 1904, remplacé en 1970 par une ligne de bus). Complément aux activités touristiques de la région lémanique, Les Paccots offrent un environnement propice à la pratique du ski et de la randonnée. La première installation de remontée mécanique, la troisième construite en Suisse romande, date de 1938. La station connaît un nouveau développement des infrastructures dans les années 1960. L'agriculture est orientée essentiellement vers l'élevage du bétail. La Société des laiteries châteloises réunies, créée en 1922, transforme le lait en fromage (gruyère ou vacherin fribourgeois) ou le livre à l'industrie. Un peu plus du quart du territoire communal est recouvert de forêts; si le charronnage et la production de caisses et de laine de bois sont aujourd'hui abandonnés, des scieries, charpenteries et menuiseries ont atteint un niveau industriel. D'autres activités liées à la construction se sont développées parallèlement.

Un hospice (prébendiers, orphelins et enfants pauvres) est créé en 1873, transformé en home médicalisé en 1979. L'hôpital, fondé en 1892 par Victor Monney, est d'abord réservé aux paroissiens de C. puis ouvert à tout le district. Une école est mentionnée en 1687 (garçons et filles). Une deuxième classe (filles) est ouverte en 1739, une classe de latin existe dès 1760. Une école latine de garçons (préparation aux études supérieures) est fondée en 1803 par l'abbé Déglise. Une école secondaire est ouverte en 1876 et le cycle d'orientation pour tout le district en 1973.


Bibliographie
– A. Genoud, Châtel-Saint-Denis, hier et aujourd'hui, 1972
La Veveyse, une terre ... des hommes, 1980
– L. Pedrini, Châtel-Saint-Denis (Saint-Denis de Fruence): une "villa nova" de la fin du XIIIe s., mém. lic. Lausanne, 1989
– J.P. Anderegg et al., 700 ans Châtel-Saint-Denis, 1997
ASSPA, 82, 1999, 248; 83, 2000, 195
– J.-L. Boisaubert et al., «Premiers indices d'une occupation magdalénienne de la Veveyse», in Cah. d'archéol. fribourgeoise, 1, 1999, 14-19

Auteur(e): Jean-Claude Vial