18/11/2010 | communication | PDF | imprimer

Oberland bernois

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Région du canton de Berne. L'O. recouvre le bassin supérieur de l'Aar (vallées du Hasli, de la Lütschine, de la Kander et de la Simme, haut de celle de la Sarine, lacs de Thoune et de Brienz), entre les Alpes et une chaîne préalpine (Stockhornkette, Sigriswilgrat, Hohgant, Brienzergrat) qui le sépare de l'Unterland ou bas pays. Politiquement, il se répartit jusqu'à la réforme de l'administration bernoise de 2010 entre les districts de Thoune, du Niedersimmental, de l'Obersimmental, de Saanen, de Frutigen, d'Interlaken et de l'Oberhasli. La réforme a entraîné la création de la région administrative de l'Oberland et le remplacement des sept districts par quatre arrondissements (les préfectures de Thoune, Obersimmental-Saanen, Frutigen-Niedersimmental, Interlaken-Oberhasli).

L'O. fut exploré dès la préhistoire, puis colonisé à l'époque romaine le long de l'Aar et des lacs. On y accédait du nord et de l'est par les cols du Brünig et du Susten (avec relais romain), du sud par ceux du Grimsel, du Lötschen, de la Gemmi, du Rawil, du Sanetsch et du Pillon. La plupart des églises, centres de vastes paroisses montagnardes, furent édifiées entre les VIIe-VIIIe et le XIe s. L'Aar marquait la limite entre les diocèses de Constance et de Lausanne. Appartenant d'abord au royaume de Bourgogne (domaines royaux de Wimmis et Matten), l'O. fut rattaché au Saint Empire sous les Zähringen (bailliage impérial de Brienz et domaine impérial du Hasli), puis morcelé en seigneuries administrées par des barons locaux (notamment ceux d'Oberhofen, Strättligen, Ringgenberg-Brienz, Wädenswil, Weissenburg) ou valaisans (Rarogne, de la Tour), la Haute-Sarine relevant des comtes de Gruyère. L'évêque de Sion détint certains cols et alpages jusqu'au XIXe s. La ville de Berne chercha à mettre la main sur l'O. afin de contrôler les passages alpins. Par conquête, achat, accords de combourgeoisie ou réalisation de gages remis par des barons ruinés, elle s'assura en grande part la souveraineté entre 1323 et 1400, entrant parfois en compétition avec les intérêts des gens d'Unterwald sur leur itinéraire vers le Valais par le Brünig et l'Oberhasli. Berne acquit cinq vallées, chacune disposant de son coutumier et d'une autonomie administrative considérable au niveau régional (communautés de vallée) et local (Bäuert). Dès le bas Moyen Age, l'O. fut périodiquement le théâtre de soulèvements, généraux ou localisés, contre les empiètements de Berne sur ses "libertés" : Böser Bund en 1445, refus de la Réforme en 1528, insurrection de Thoune en 1641. Comme partout, Berne dut respecter les délimitations, droits et titres seigneuriaux antérieurs à sa mainmise; on comptait sous l'Ancien Régime neuf circonscriptions: ressorts des avoyers de Thoune et d'Unterseen, bailliages d'Interlaken, Oberhofen et Saanen, châtellenies de Frutigen, de l'Obersimmental et du Niedersimmental, pays du Hasli. Ce dernier avait à sa tête un landamman du cru, les autres territoires étaient soumis à des baillis bourgeois de Berne. Le canton helvétique de l'Oberland ayant pour chef-lieu Thoune n'eut qu'une brève existence (1798-1803). Après 1803, l'organisation politique au sein du canton de Berne refléta dans l'ensemble celle d'avant la Révolution avec sept bailliages, rebaptisés districts en 1831 (remplacés par quatre arrondissements administratifs dès 2010).

L'habitat médiéval se répartissait, selon une structure caractéristique des régions alpestres, entre de petites villes et des bourgs fortifiés tenant marché, à basse altitude, autour des lacs (Thoune, Unterseen, Spiez, Wimmis), des villages dans les vallées jusqu'à 1100 m (Frutigen, Saanen), des hameaux et des fermes dispersées sur les pentes et terrasses jusqu'à 1600 m. L'incorporation à l'Etat bernois assura aux habitants des régions plus élevées l'accès aux grains des basses terres (marchés de Thoune, Berne, Berthoud), ce qui leur permit de renoncer à satisfaire eux-mêmes leurs besoins en céréales et de se convertir dès les XIVe-XVIe s. à l'élevage bovin avec remue. Le bétail s'exportait vers l'Unterland et par les cols vers l'Italie. Après 1500, onze nouveaux marchés aux bestiaux vinrent s'ajouter plus en amont et jusqu'à Gsteig et Adelboden aux sept qui existaient déjà depuis le Moyen Age. Plusieurs villages des bords du lac de Thoune se spécialisèrent dans la viticulture. L'accroissement démographique à l'époque moderne nécessita de nouvelles ressources, en sus du mercenariat traditionnel: tissage de drap et extraction d'ardoise dans le Frutigland, sculpture sur bois dès 1800 à Brienz, fabrication de boîtes peintes et dès 1850 d'allumettes à Frutigen. Au XIXe s., la pauvreté contraignit nombre d'habitants, notamment du Simmental et du district d'Interlaken, à s'expatrier vers l'Amérique du Nord, l'Allemagne et la Russie.

Le poème d'Albert de Haller sur les Alpes (1729), les récits de voyage et la peinture paysagère contribuèrent à l'essor du tourisme à partir de 1800, d'abord dans la région des lacs (Thoune, Bödeli-Interlaken), puis dans les vallées latérales (Lauterbrunnen, Grindelwald), attirant surtout des voyageurs anglais. Cette nouvelle activité, qui transforma profondément la vie économique de l'O. dans les dernière décennies du XIXe s., est liée à l'amélioration des voies de communication: services de bateaux dès 1835, lignes de chemin de fer dès 1859 (Montreux-Oberland bernois en 1905, Berne-Lötschberg-Simplon en 1913), routes de montagne et de cols (Grimsel en 1894, Susten en 1944). Elle fut d'abord surtout estivale (le tourisme hivernal se développa peu à peu à partir de 1900) et se concentra avant la Deuxième Guerre mondiale dans les stations et leurs grands hôtels. Son effondrement durant les deux guerres contraignit à une diversification. On encouragea le travail à domicile et la création de petites entreprises; dès 1950, l'industrialisation toucha la zone de Thoune et quelques sites dans les vallées (Zweisimmen, Frutigen). A cela s'ajouta la production hydro-électrique: une première installation (centrale privée de Reichenbach/Oberhasli, 1899-1909) fut suivie d'autres (indépendantes, mais avec participation des Forces motrices bernoises) au Grimsel (1925-1954), dans le Gadmental et le Gental (1952-1972), dans le Simmental (1944-1963) et au Sanetsch (1959-1966). Après 1950, l'O. connut une nouvelle vague de constructions d'hôtels et surtout de maisons et d'appartements de vacances, ce qui amena une densification de l'habitat dans certaines zones (Interlaken, Adelboden, Grindelwald, Saanen-Gstaad). Les chemins de fer à crémaillère, funiculaires, téléphériques, télécabines, télésièges et remonte-pentes mis en service dès les années 1930 et plus encore après 1950 offrent actuellement de nombreuses possibilités aux excursionnistes. Des stations de sports d'hiver fort appréciées ont vu le jour dans les vallées, sur des terrasses situées à plus de 1000 m et jouissant d'un enneigement assuré (Saanen et environs, Adelboden, La Lenk, Kandersteg, Wengen, Grindelwald, Mürren, Hasliberg).


Bibliographie
– A. Schaer-Ris, Das Berner Oberland, 1952
Kanton Bern - historische Planungsgrundlagen, 1973
– A.A. Häsler, Berner Oberland, 1986
– C. Pfister, «Bevölkerung, Wirtschaft und Ernährung in den Berg- und Talgebieten des Kantons Bern 1760-1860», in Wirtschaft und Gesellschaft in Berggebieten, éd. M. Mattmüller, 1986, 361-391
– P. Bierbrauer, Freiheit und Gemeinde im Berner Oberland, 1300-1700, 1991
– Pfister, Bern
– E. Schläppi, Vom Freiheitstraum zum Glaubensstreit, 2000
– C. Clavadetscher, Der Wirtschaftsraum Thun/Berner Oberland, 2001

Auteur(e): Anne-Marie Dubler / WW