02/02/2011 | communication | PDF | imprimer

Morat (commune)

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Comm. FR, chef-lieu du distr. du Lac, sur la rive orientale du lac homonyme (lac de Morat), entre la vallée de la Broye et le Grand-Marais, comprenant jusqu'en 1533 Montilier, jusqu'en 1536 Meyriez, depuis 1974 Burg et depuis 1990 Altavilla. Petite ville sur un plateau à environ 20 m au-dessus du lac. 515 Muratum. All. Murten, ancien nom ital. Morato. Environ 840 hab. en 1428, environ 790 en 1558/1559, environ 750 en 1657, 1011 en 1811, 2137 en 1850, 2645 en 1900, 3106 en 1950, 5578 en 2000 (dont 13% de francophones).

1 - Préhistoire et Antiquité

Les plus anciens vestiges archéologiques retrouvés à M. remontent au Mésolithique (8200 à 5500 av. J.-C.): ce sont des silex taillés microlithiques découverts le plus souvent dans des dépressions marécageuses à l'est de la ville (M.-Combette et M.-Ober Prehl principalement). Du Néolithique, on connaît les collections d'objets lacustres déposées dans différents musées suisses, mais la documentation liée à ces anciennes fouilles est pratiquement inexistante. L'emplacement de ces sites, détruits ou enfouis sous les nombreux aménagements des rives du lac, est par conséquent mal connu. Pour cette période également (5500 à 2500 av. J.-C.), comme pour celle de l'âge du Bronze (2300 à 800 av. J.-C.), les fouilles réalisées de 1976 à 1995, dans le cadre de la construction de l'autoroute A1, ont permis de localiser plusieurs habitats (M.-Pré de la Blancherie pour le Néolithique et le Bronze moyen; M.-Löwenberg, M.- Ober Prehl et Chantemerle 1 pour le Bronze récent/final). Ces recherches systématiques, relayées par des fouilles de sauvetage ponctuelles, comblent en partie les lacunes chronologiques. Parmi les nécropoles, la plus importante est celle de M.-Löwenberg qui a livré une série de tombes à inhumation et à incinération couvrant une période de plus d'un millénaire, du Bronze moyen à La Tène; sa phase la plus riche est toutefois celle du premier âge du Fer (Hallstatt). Hormis les sépultures sous tumulus de M.-Löwenberg et du Murtenwald tout proche, les vestiges de l'âge du Fer sont rares. On mentionnera quelques objets isolés hallstattiens et une tombe à incinération de La Tène finale à M.-Combette. Pour l'époque romaine, les vestiges d'une grande villa de la fin du Ier-début du IIe s. apr. J.-C. ont été découverts sur le site de M.-Combette et un tronçon de voie romaine a été mis au jour à M.-Löwenberg.

Auteur(e): Denis Ramseyer

2 - Histoire politique

Le roi de Bourgogne Rodolphe III tint sa cour à M. en 1013. Dans la lutte pour sa succession, Eudes II de Blois, comte de Champagne, occupa en 1032 les places de M. et de Neuchâtel, mais l'empereur Conrad II les reconquit et M. fut détruit. En 1079, l'empereur Henri IV donna M., avec d'autres biens, à l'évêque de Lausanne. Fondée dans les années 1170 ou 1180 par le duc Berthold IV de Zähringen ou par l'évêque de Lausanne Landri de Durnes, la ville est mentionnée comme telle pour la première fois en 1238. Elle s'allia avec Fribourg en 1245 et avec Berne en 1335. Elle se plaça sous la protection du comte Pierre II de Savoie en 1255. Alors que Philippe Ier de Savoie refusait de la céder, Rodolphe Ier de Habsbourg, qui la considérait comme bien d'Empire, s'en empara de force. Après la mort de Rodolphe, Amédée V de Savoie la reprit en 1291, mais il la rendit à Albert Ier de Habsbourg. En 1310, elle fut remise en gage à la Savoie pour 4000 marcs d'argent. En 1471, elle rendit hommage au comte Jacques de Romont. Celui-ci avait reçu la ville et la seigneurie de la duchesse Yolande de Savoie; comme il soutenait Charles le Téméraire, Berne et Fribourg occupèrent M. le 14 octobre 1475 (guerres de Bourgogne).

Après le siège (par les Bourguignons) et la bataille de M. du 22 juin 1476, M. et Lugnorre furent un bailliage commun de Berne et de Fribourg jusqu'en 1798. La ville conserva ses anciens privilèges. Berne et Fribourg nommaient alternativement l'avoyer (mandat de cinq ans), qui présidait le Conseil, le tribunal et le consistoire. Dans la seconde moitié du XVIe s., il se forma une administration parallèle analogue à l'Äusserer Stand ("Etat extérieur") de Berne.

Après l'invasion française du 3 mars 1798, M. fut rattaché au canton de Sarine et Broye, puis au canton de Fribourg sous la Médiation. La ville perdit ses privilèges face à la campagne. Ses bourgeois, protestants, se retrouvèrent souvent dans l'opposition libérale, puis radicale, face à la majorité conservatrice catholique du canton de Fribourg.

Auteur(e): Hermann Schöpfer / PM

3 - Eglise

La paroisse de M. englobe aujourd'hui encore une grande partie de l'ancienne seigneurie. M. adopta la Réforme en 1530, sous la pression des Bernois et à la suite des prédications de Guillaume Farel. La chapelle de la ville (Notre-Dame, mentionnée en 1381) supplanta dès le bas Moyen Age l'église paroissiale Saint-Maurice (sise à Montilier et désaffectée au XVIIIes.). Reconstruite en 1681-1682 (clocher) et 1710 (nef), elle fut réservée dès 1762 au culte en allemand et prit le nom d'église allemande. L'hôpital pour indigents fondé en 1239 abritait au sud de la ville une chapelle Sainte-Catherine; démolie lors des préparatifs de guerre (1475-1476), elle fut rebâtie intra-muros; servant de temple aux francophones, elle est appelée église française. En 1885, on édifia à l'est de la ville une église néogothique (Saint-Maurice) pour la nouvelle paroisse catholique.

Auteur(e): Hermann Schöpfer / PM

4 - Economie et communications

La reconstruction de presque toutes les maisons de la ville depuis la seconde moitié du XVIIe s. atteste sa prospérité, due à sa fonction de centre régional sur les plans administratif, artisanal et commercial (quatre foires annuelles dès 1685) et à son rôle d'étape sur la route de Berne au Pays de Vaud, tant par voie de terre (par la vallée de la Broye) que par voie d'eau (jusqu'à Yverdon, en particulier pour le vin et les grains).

Les tonneliers, menuisiers, serruriers et charpentiers formèrent en 1731 l'unique corporation de M., qui avait pourtant reçu de Berne et Fribourg les autorisations nécessaires en 1584 déjà. Dans les spécialités, on ne comptait souvent qu'un seul maître (arquebusier, orfèvre, potier d'étain). Un quartier d'artisans surgit au Ryf à la fin du XVIIe s. On y trouvait au commencement du XIXe s. une tuilerie et une brasserie.

L'industrialisation débuta dans les années 1850, quand Etienne-Ovide Domon fonda en ville une fabrique horlogère, transférée plus tard à Montilier. Au Ryf, la famille Petitpierre exploita une distillerie d'absinthe (1831-1901) et Oskar Roggen produisit à partir de raisins une boisson à faible teneur en alcool (1888-1913). Un journal paraît à M. depuis 1855, le Murtenbieter . D'autres entreprises s'installèrent au XXe s., surtout dans les domaines de la mécanique de précision, de l'électronique et de l'industrie alimentaire: biscuiterie Roland (1938), Rastawerk (corps de chauffe et séparateurs, 1945-2003), Saia (interrupteurs, 1949, auj. Saia Burgess), les juke-box Derac (1954-1961), Selecta (vente par distributeurs automatiques, 1957) et Fribosa (construction d'outillage, 1970). Les CFF achetèrent en 1973 à la famille Rougemont le château et le parc de Löwenberg pour y aménager un centre de formation. La viticulture, autrefois pratiquée sur les deux rives du lac, s'est concentrée dans le Vully depuis la Deuxième Guerre mondiale.

M. se trouvait sur la transversale est-ouest allant dès l'époque romaine de Genève à Brugg/Windisch et sur la route aménagée par Berne entre 1740 et 1790 pour relier Zurich et Zurzach à Genève. Le canton de Fribourg construisit deux routes entre le chef-lieu et M., l'une par La Sonnaz-Courtepin-Courgevaux dès 1814, l'autre par Salvagny-Cormondes-Guin de 1859 à 1868. Le tracé choisi en 1856 pour la ligne ferroviaire Lausanne-Berne (par Fribourg, qui réussit à faire prévaloir ses intérêts) laissa M. à l'écart. Le raccordement au réseau ferré se fit grâce aux lignes Palézieux-M.-Lyss (1875-1876), Fribourg-M. (1898) et M.-Anet (1903). Des bateaux à vapeur naviguèrent de M. à Neuchâtel dès 1835. L'hôpital Bon-Vouloir, ouvert en 1867 à Meyriez, successeur de celui de Sainte-Catherine, devint dans les années 1920 hôpital de district. Le tourisme commença dans un esprit patriotique (festivités du 400e anniversaire de la bataille en 1876); au début du XXIe s., les visiteurs sont attirés par le pittoresque de la vieille ville et par le lac. La restauration et l'hôtellerie offrent de nombreux emplois.

Auteur(e): Hermann Schöpfer / PM

5 - Urbanisme

Les fortifications conçues en 1238 sont presque intégralement conservées; on démolit peu après 1798 les portes d'Avenches et du Ryf, puis les travaux s'interrompirent, faute d'argent. Les remparts furent placés sous la sauvegarde de la Confédération en 1912. La structure urbaine, inspirée du système zähringien de division en chesaux, survécut au grave incendie de 1416. Lors de la reconstruction, les façades de la rue principale furent avancées (alignement sur le front des arcades actuelles). Le château de M., construit par le comte Pierre II de Savoie, a gardé son aspect de la seconde moitié du XIIIe s. (auj. siège de la préfecture du Lac).

A côté des bains publics (1829), on a construit une piscine en plein air (1974) et une piscine couverte (1977). Le nouveau collège édifié dès 1836 face à la porte de Berne sur des plans du jeune architecte moratois Johann Jakob Weibel fut le premier bâtiment public en Suisse du style dit des "arcs en plein cintre" (courant du néoroman). La place de la porte de Berne aménagée par Weibel hors des murs de la ville est également unique. En 1893, on établit un réseau de canalisations pour les égouts (disparition des fosses d'aisance) et pour l'eau potable. L'éclairage public passa de l'huile au pétrole en 1865, au gaz en 1876 et à l'électricité en 1900. La première correction des eaux du Jura abaissa le niveau du lac et l'on dut refaire le port en 1893. Le moulin municipal du Ryf, rénové en 1976-1978, accueille le Musée historique. L'essor démographique appela de nouveaux immeubles; au début, on suivit généralement des plans soigneusement élaborés (pour le Neuquartier en 1853, 1893 et 1908, pour Längmatt en 1906, pour toute la commune en 1929 et 1948), mais, depuis les années 1950, on n'observe plus guère de principes urbanistiques. La route de contournement, projetée en 1929, fut réalisée dans la perspective de l'Expo 64 à Lausanne. Le tronçon Löwenberg-Greng de l'autoroute A1 ouvrit peu avant l'Expo.02, dont M. accueillit l'un des quatre sites ("arteplage"), dominé par le "monolithe" de Jean Nouvel.

Auteur(e): Hermann Schöpfer / PM

Références bibliographiques

Sources imprimées
SDS FR, , IX/1
Bibliographie
– J.F.L. Engelhard, Der Stadt Murten Chronik und Bürgerbuch, 1828
– J.F.L. Engelhard, Statistisch-historisch-topographische Darstellung des Bezirks Murten, 1840 (réimpr. 1979)
– J.-L. Boisaubert et al., «Quinze années de fouilles sur le tracé de la RN1 et ses abords», in ArS, 15, 1992, 41-51.
– A. Duvauchelle, C. Agustoni, «Les objets en fer de la villa de Morat/Combette», in Archéol. fribourgeoise: chronique archéol., 1995, 97-103
MAH FR, 5, 2000
– M.F. Rubli, Murten, 2002