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Il y a 170 ans jour pour jour mourait Jacob von Albertini.
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Le règne de l’empereur romain Titus, membre de la dynastie des Flaviens et qui aurait été élevé à Aventicum, débute le 24 juin 79.

Les émeutes de la Käfigturm, mêlant lutte de classes et xénophobie, se déroulent à Berne le 19 juin 1893.

La paix de Baden, négociée par Zurich et Berne avec le prince-abbé de Saint-Gall, est ratifiée le 15 juin 1718.

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Actualité / Le thème actuel
06/2018

L’été aux musées

En cette année européenne du patrimoine culturel, le DHS vous invite au musée ! Les musées comptent en effet parmi les acteurs importants de la préservation et de la mise en valeur de ce patrimoine. Les premiers musées de Suisse sont nés de collections constituées par des particuliers et des sociétés de la bourgeoisie du XVIIIe siècle. Une septantaine de musées furent créés au XIXe siècle. Si l’idée d’un musée national chargé de sauvegarder les biens culturels menacés germa sous la République helvétique, avec l’émergence d’une certaine conscience nationale, ce n’est qu’un siècle plus tard, en 1898, que le Musée national suisse ouvrit ses portes à Zurich. Gardien du fameux pacte de 1291, le Musée des chartes fédérales à Schwytz fut inauguré en 1936. Le nombre de nouveaux musées explosa au XXe siècle (842). En 2016, on en dénombrait 1108 dans toute la Suisse et 71,4 millions d’objets y étaient conservés.  2018 est une année particulière pour deux d’entre eux : la Fondation du musée en plein air du Ballenberg, dédié à l’histoire de l’habitat rural, fête ses 50 ans et le musée du Château de Prangins, antenne romande du Musée national, ses 20 ans.

Les indiennes au château

Le Château de Prangins présente actuellement une exposition sur les indiennes. Ces toiles colorées en coton connurent un succès phénoménal aux XVIIe-XVIIIe siècles et furent l’un des secteurs pilotes de la première révolution industrielle. En Suisse, leur production fut lancée par les huguenots réfugiés à la suite de la Révocation de l’édit de Nantes (1685). Les manufactures d’indiennes employèrent des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants en Suisse romande et en Suisse alémanique. L’indiennage était encore florissant à Glaris au XIXe siècle grâce à la fabrication des mouchoirs de cou, alors que son déclin s’était amorcé dans le reste de la Suisse dès la fin du XVIIIe siècle.

Helen Bieri Thomson, directrice de Prangins et commissaire de l’exposition, nous dévoile quelques aspects de l’histoire passionnante de cette étoffe qui fut l’un des premiers produits mondialisés. Le DHS la remercie chaleureusement pour sa contribution.

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06/2018

Un tissu révolutionne le monde !

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, l’Europe entière s’enthousiasme pour des toiles de coton imprimé appelées « indiennes » en raison de leur origine. Cet engouement va marquer la société, l’économie et la mode pendant près de 200 ans. Il tient principalement à la fibre à partir de laquelle sont tissées ces étoffes, à savoir le coton, jusqu’alors relativement peu connu et utilisé en Occident. Ces cotonnades concurrencent les étoffes destinées aux vêtements des couches populaires (laine, lin ou chanvre) mais également les tissus nobles (soieries, velours) réservés aux élites. Par rapport à la laine ou à la soie, le coton est léger, agréable à porter et d’un entretien facile. Proposées dans une large gamme de qualités, les indiennes touchent presque toutes les classes de la société et bouleversent ainsi les pratiques de consommation.

 

En Suisse, le goût pour les indiennes se traduit par une prolifération remarquable de manufactures, principalement le long de l’arc jurassien (notamment à Genève, Neuchâtel, Bâle et Mulhouse, ville alliée des Confédérés), conséquence directe de la prohibition française (1686-1759). A l’opposé de la France et de l’Angleterre, la production d’indiennes ne semble pas soulever les craintes des fabricants ou des marchands de laine (draperie) et de lin (toiles). En Suisse, l’indiennage a même été un moteur pour le développement de l’industrie cotonnière (filage, tissage). Toutefois, les imprimés étant essentiellement destinés à l’exportation (par contrebande), rares sont les indiennes conservées en regard du nombre de manufactures sur le territoire helvétique. Il n’en demeure pas moins que l’utilisation de ces tissus dans l’habillement et l’ameublement est largement attestée et concerne toutes les couches de la population suisse.

Un produit mondialisé
Qu’elles soient importées du sous-continent par les différentes Compagnies des Indes ou imprimées en Europe pour répondre à la demande croissante, les indiennes sont au cœur d’une économie à l’échelle mondiale : alors que les matières premières (coton, indigo, etc.) proviennent d’Asie et d’Amérique, les toiles sont diffusées et consommées sur les trois continents que le commerce triangulaire met en relation d’interdépendance : l’Europe, l’Afrique et l’Amérique. En effet, impression textile et traite sont intrinsèquement liées dans la mesure où ces étoffes sont la principale monnaie d’échange sur les côtes africaines pour l’acquisition d’esclaves.

Le rôle des Suisses
Nombreux à participer à l’industrie extrêmement lucrative des indiennes, les Suisses interviennent à divers échelons et occupent des fonctions variées. Réputés pour leur savoir-faire, certains se spécialisent dans la fabrication, en tant que dessinateur, graveur, imprimeur ou directeur artistique, et travaillent tant en Suisse qu’en France, où ils contribuent très largement à faire renaître de ses cendres l’indiennerie après la levée de la prohibition en 1759. Ainsi, dans la célèbre manufacture de Jouy, aux portes de Versailles, 10-20% des travailleurs sont suisses et occupent des fonctions dirigeantes. D’autres, grands négociants, sont pourvoyeurs de capitaux et font travailler à façon (sur commande) des manufactures entières qu’ils approvisionnent en matières premières et dont ils se chargent de commercialiser les produits. L’exemple le plus connu en est le Neuchâtelois Jacques-Louis de Pourtalès qui bâtit son empire sur les indiennes.

La traite négrière
Beaucoup de Suisses participent directement ou indirectement à la traite des Noirs. Citons par exemple la maison de négoce bâloise Christoph Burckhardt & Cie, qui fait imprimer des toiles spécialement destinées à l’acquisition d’esclaves, ou encore les indienneurs d’origine helvétique s’expatriant pour se rapprocher des débouchés. C’est le cas de plusieurs familles neuchâteloises qui s’installent à Nantes, principal port négrier de France. On trouve aussi de grands financiers suisses armant des navires en partance pour l’Afrique, navires dont la cargaison se compose jusqu’à 70-80% d’indiennes.

Helen Bieri Thomson, directrice du Château de Prangins

L’exposition « Indiennes. Un tissu révolutionne le monde » se tient au Château de Prangins – Musée national suisse jusqu’au 14 octobre 2018. Elle est accompagnée d’un important ouvrage collectif édité par la Bibliothèque des Arts.

 

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